La charge de maître de la garde-robe, que M. de Boisgelin avait achetée fort cher dans l'espoir qu'elle lui vaudrait ou un gouvernement ou une lieutenance générale, ou des grâces pécuniaires, non seulement ne lui rapporta rien, mais fut la cause directe et certaine de sa ruine. Il avait dû emprunter des sommes considérables et les intérêts élevés qu'il devait payer le réduisirent peu à peu à la gêne, bientôt à la misère[ [87]. Dans l'espoir de se distinguer dans la carrière militaire, il fit les campagnes de 1761 et de 1762. Il reçut, il est vrai, la croix de Saint-Louis, mais il rapporta de ses expéditions des rhumatismes si violents qu'il resta estropié d'un bras et d'une jambe[ [88].
Ces déceptions de carrière, de santé et de fortune n'eurent pas une heureuse influence sur le jeune couple et bientôt les deux époux furent aussi désunis qu'il était d'usage à cette époque. Du reste, si M. de Boisgelin était un fort honnête homme, il était d'une intelligence plus qu'ordinaire et sa femme, très vive, très avisée, ne fut pas longue à s'en apercevoir.
Mme de Boufflers, elle-même, malgré tout son esprit, ne pouvait se défendre de temps à autre d'être belle-mère, et alors malheur à son gendre! Un jour il lui avait fait une visite un peu longue, pendant laquelle il n'avait guère parlé que de ses propres mérites. Il n'avait pas tourné les talons que la marquise agacée composait ce malicieux quatrain:
Mon cher Cucé, va-t'en bien vite,
Ou du moins ne me dis plus rien;
Tu me parles de ton mérite,
Et ne dis jamais rien du mien.
CHAPITRE XVIII
1760-1762
Départ de l'abbé de Boufflers pour le séminaire.—Son chagrin.—La langue fourrée.—Mauvaises plaisanteries du jeune abbé.—Aline, reine de Golconde.