Ces plaisanteries de mauvais goût faisaient le désespoir de ses supérieurs, et cependant elles n'auraient passé que comme l'excès de sève d'un jeune seigneur et on les lui aurait volontiers pardonnés, s'il s'en était tenu là. Mais il avait le goût des lettres et, au lieu d'étudier les Pères de l'Église, il passait son temps à écrire des facéties: un soir il compose ce rébus:
L—n—n—e—o—p—y—l—i—a—t—t—l—i—a—m—e
l—i—a—e—t—m—e—l—i—a—r—i—t—l—i—a—v—q—l
i—e—d—c—d—a—c—a—g—a—c—k—c
Il prétendait qu'en prononçant ces lettres de suite comme il les avait écrites, elles donnaient distinctement ces mots:
«Hélène est née au pays grec; elle y a tété, elle y a aimé, elle y a été aimée, elle y a hérité, elle y a vécu, elle y est décédée assez âgée, assez cassée.»
Malheureusement les essais littéraires de Boufflers ne se bornaient pas toujours à des plaisanteries aussi innocentes; qu'il écrivît en vers ou en prose, il affectionnait particulièrement les sujets grivois.
Dans un jour de gaieté il écrit un conte: Aline, reine de Golconde. C'est l'histoire d'une petite laitière, d'humeur facile, qui d'aventures en aventures, et de chutes en chutes monte sur le trône de Golconde. Le style est aisé, alerte, élégant, mais l'auteur ne recule pas devant les plus voluptueuses peintures[ [95].
Boufflers, assez satisfait, et à juste titre, de son travail, n'eut rien de plus pressé que de le montrer à quelques amis; il plut beaucoup et il fut bientôt dans toutes les mains.
Aline eut même un tel succès que Grimm pouvait écrire: «C'est une des plus jolies bagatelles que nous ayons eues depuis longtemps. Si M. de Voltaire l'avait faite, je crois qu'il n'en serait pas fâché.»