«Je me chatouille de rire sur votre projet de mon mariage. Je viens d'apprendre que ma prétendue épouse est terriblement laide. Vous jugez bien que je ne voudrais pas me marier sans vous donner une belle mère et non une laide.»

Quelques jours plus tard, il lui écrivait encore:

«Votre idée sur mon mariage m'a fait crever de rire.»

Quand Stanislas rencontra la princesse, il la trouva instruite et agréable, mais cette impression ne modifia nullement ses idées.

«Je reviens dans ce moment de Plombières, écrit-il à sa fille, le 29 juin 1762, ayant laissé les chères Mesdames dans une parfaite santé et Mme la comtesse d'Henneberg dans une estime générale de tout le monde, qu'elle s'est acquise par son mérite, lequel pourrait faire un progrès particulier sur moi et réaliser votre pensée. Mais il y a une raison insurmontable à ne pas me faire aller plus avant. Voulez-vous la savoir? C'est que cette union ne produirait pas une autre Reine de France, ma chère et incomparable Marie. Ainsi cet événement ne sera pas mis dans le compte des extraordinaires de ce siècle.»

Stanislas fit mille grâces à la princesse, l'engagea à le venir voir à Lunéville, invitation qui fut acceptée avec ravissement, et il resta dès lors en relations suivies avec elle. En effet, à partir de ce moment, on la retrouve très fréquemment à la Cour; elle y fait des séjours prolongés et elle obtient même du roi, à l'automne de 1762, la promesse de sa nomination comme coadjutrice de l'abbaye de Remiremont[ [106].

Mme de Boufflers, sûre de son influence, ne se préoccupait nullement d'une rivalité qui ne pouvait l'atteindre et elle faisait toujours à la princesse l'accueil le plus aimable.

Le 10 juillet, la première saison d'eaux étant terminée, Mesdames partirent pour Lunéville, où leur grand-père les attendait impatiemment.

Sur toute la route, les maisons étaient garnies de feuillages, les rues décorées de fleurs, d'emblèmes, de devises. Partout les bourgeois avaient pris les armes, partout ce n'étaient qu'acclamations, cris de «vivent Mesdames de France!»

Le roi de Pologne s'était rendu au devant de ses petites-filles jusqu'à Gerbeviller et il revint avec elles à Lunéville.