Il s'en ouvrit au Roi, qui n'eut garde de désapprouver un projet qui flattait si agréablement sa vanité; Stanislas chargea donc son secrétaire de procéder à une révision complète et approfondie de ses œuvres, non seulement d'en modifier, s'il était nécessaire, le fonds, mais encore et surtout de corriger le style, si souvent incompréhensible, et de le mettre en bon français. Le secrétaire eut aussi pour mission de composer en guise de préface un historique complet de la vie du Roi de Pologne. C'était une mission fort délicate; il ne fallait pas accabler le monarque de louanges excessives, il ne fallait pas davantage se borner à la stricte vérité.

Solignac s'acquitta de son travail avec un tact qui lui conquit tous les suffrages. Tout en restant courtisan, il mit tant d'habileté dans les éloges qu'il décernait à son maître, que celui-ci se déclara très satisfait: il lui écrivait en effet:

«Lunéville.

«Votre réflexion, mon cher Solignac, ne mérite pas seulement mon approbation mais encore le remerciement que je vous fais. L'avertissement que vous m'avez envoyé est parfait sans y changer aucune syllabe. Je vous prie que tout le sens du discours y soit relatif. Je vous renvoie l'exemplaire. J'attends celui auquel sera jointe la suite. Je ne doute pas que tout ne soit bien suivi étant entre vos mains. Je vous embrasse de tout mon cœur.

«Stanislas, Roy.

«N'oubliez pas de mettre, au lieu d'Avertissement, autre Avis de l'éditeur, comme vous l'avez marqué. Je vous envoie même votre lettre, pour que vous suiviez au pied de la lettre tout ce qu'elle contient. J'en suis enchanté ainsi, il n'y a qu'à mettre sous la presse après que vous l'aurez mis dans le sens où cela doit être[ [108]

Les œuvres complètes du Roi parurent en 1763; elles furent publiées en 4 vol. in-8o et sans nom d'auteur. Elles portaient comme titre: Œuvres du philosophe bienfaisant.

Personne n'ignorait que le philosophe bienfaisant, c'était Stanislas. Le surnom lui avait été donné par ses sujets eux-mêmes en raison de toutes les institutions charitables qu'il avait pris plaisir à créer autour de lui.

Il est certain que la bienfaisance de Stanislas était extrême et que son cœur était profondément accessible aux souffrances des malheureux.

Il s'ingéniait sans cesse en effet à chercher des occasions de les soulager. Un jour un de ses courtisans lui dit ironiquement: «Sire, je crois que vous avez épuisé la série des fondations, sauf une seule, où votre perspicacité est en défaut.»—«Laquelle? fit le monarque vivement.»—«C'est de fonder des carrosses pour les pauvres.»—«Dieu merci», riposta Stanislas, «j'ai bien assez de mes mendiants en carrosse, sans en accroître le nombre.» Et le bon roi de rire de son excellente plaisanterie.