Il termine sa lettre par ces réflexions amusantes:

«Adieu, Madame, voilà une assez longue lettre; si j'y ajoutais ce que j'ai toujours à vous dire de mon adoration pour vous, vous mourriez d'ennui.

«Mettez-moi aux pieds du Roi, contez-lui mes folies et annoncez-lui une de mes lettres, où je voudrais bien lui manquer de respect, afin de ne le pas ennuyer. Les princes ont plus besoin d'être divertis qu'adorés. Il n'y a que Dieu qui ait un assez grand fonds de gaieté pour ne pas s'ennuyer de tous les hommages qu'on lui rend.»

Mais qui donc avait parlé à Boufflers du rigorisme et de la pruderie des femmes de la Suisse? L'heureux chevalier ne s'en aperçoit guère. Les femmes du canton du Vaud sont fort jolies et il ne leur déplaît pas se l'entendre dire. Aussi «M. Charles» ne se fait-il pas faute de les combler de compliments intéressés:

«Malgré tout ce que j'avais entendu dire de la sagesse, et même de l'austérité des mœurs de ce pays-là, j'ai vu que La Fontaine avait raison de dire que la femme est toujours femme. Non seulement la femme y est femme, mais elle y est belle.»

Boufflers ne se contente pas de visiter le canton de Vaud et de charmer les habitantes par sa verve intarissable; il va plus avant, il entre dans la vallée du Rhône, et pénètre dans la grande montagne jusqu'aux pieds du Simplon.

«Novembre 1764.

«Oh! pour le coup, me voilà dans les Alpes jusqu'au cou. Il y a des endroits ici où un enrhumé peut cracher à son choix dans l'Océan ou dans la Méditerranée.

«Où est Panpan? C'est ici qu'il ferait beau le voir grossir les deux mers de sa pituite, au lieu d'en inonder votre chambre.

«Où est l'abbé Porquet? que je le place, lui et sa perruque, sur le sommet chauve des Alpes, et que sa calotte devienne, pour la première fois, le point le plus élevé de la terre.