Au mois d'avril 1764 eut lieu une éclipse de soleil dont l'annonce seule amena une profonde perturbation dans toute la Lorraine. Les bruits les plus absurdes circulaient et trouvaient d'autant plus de créance qu'ils étaient moins fondés. On annonçait les pires catastrophes, que les puits allaient tarir, que l'obscurité serait complète, qu'on ne pourrait sortir sans risque de la vie, enfin «des mauvais plaisants ou des méchants» avaient fait afficher sur les murs de Nancy et de Lunéville cette annonce effrayante:

AVIS AU PUBLIC

«Le public est averti que la nuit du jour qui suivra immédiatement l'éclipse du 1er avril, il y aura un tremblement de terre très considérable, et le même que celui qui arriva à la mort de N. S. J. C. Voilà ce qu'une étude continuelle et des recherches très exactes sur le cours de la nature nous a fait découvrir, seulement depuis dix à douze jours. Depuis ce temps nous parcourons les villes du royaume pour en donner avis, et étant passés à Nancy fort tard, nous avons cru que le meilleur parti était de faire à la hâte quelques petites affiches pour instruire le public de cet événement, en l'avertissant de se tenir sur ses gardes cette nuit, et le plus qu'il sera possible hors des maisons, surtout de celles qui seront placées au midi.»

Toute la ville était affolée; les habitants avaient fait des provisions d'eau et de victuailles comme pour soutenir un siège. On se serait cru au 1er mai de nos jours.

La Cour, sans partager l'effroi de la population, avait fini par subir l'influence ambiante et l'on n'y était qu'à moitié rassuré.

Elle fut pourtant bien innocente, cette éclipse qui bouleversait si profondément la Lorraine. Elle commença le 1er avril, «vers neuf et demie du côté de l'ouest. Avant onze heures elle était dans son milieu, le bas ou midi du soleil formait un C de ce qui restait du disque.» Le ciel était un peu couvert, il y avait un demi-jour et de la fraîcheur.

Le soir, tous les habitants couchèrent dehors par crainte du tremblement de terre, mais dès que le jour parut ils témoignèrent par mille folies leur joie d'avoir échappé à un si grand danger.

Au cours de l'année 1765, Stanislas eut la satisfaction de recevoir plusieurs visites fort agréables. D'abord la duchesse de Gramont; ensuite Lekain, l'illustre tragédien, vint faire un séjour à Lunéville: il daigna, à la demande du Roi, paraître sur la scène; il joua d'abord le rôle de Zamore dans Alzire; puis, flatté du succès obtenu et des félicitations enthousiastes de Stanislas, il parut successivement dans Rhadamiste, le duc de Foix, Iphigénie en Tauride, Mithridate, etc.

Mme de Boufflers, qui n'aimait pas Lekain, refusa de se déranger et elle resta à la Malgrange, où elle était installée.