L'ouvrage étant anonyme, l'Académie crut pouvoir ne rien ménager, et elle n'hésita pas à le couvrir des louanges les plus hyperboliques.
Elle déclare sans ambages au jeune homme qui sollicite si modestement son avis que «son coup d'essai est un coup de maître, qu'il a atteint à la perfection, qu'il mérite d'être couronné, qu'il écrit en chrétien éclairé et soumis, en savant philosophe, en excellent politique, que sa morale est divine, sa philosophie saine, sa politique humaine et bienfaisante, son style précis et pur, ses pensées solides et sublimes, ses comparaisons justes et brillantes, etc., etc.»
Si le Roi n'était pas satisfait, il était vraiment bien difficile; mais il fut ravi, d'autant plus ravi qu'ayant conservé l'incognito, il pouvait être bien convaincu que les louanges qu'on lui prodiguait étaient sincères et spontanées.
Un membre de l'Académie crut même devoir publier une pièce de vers à ce sujet:
Encore un coup, messieurs, tout beau!
Ce qu'on nous donne pour esquisse
Me paraît un fort grand tableau;
Ne tombons point dans le panneau:
Dans l'art l'auteur n'est point novice.
Un apprenti sur ce pied-là