Cette bibliothèque n'avait rien qui fût de nature à effrayer le chancelier, et elle trouva grâce à ses yeux.
Elle fut fondée par un édit royal du 28 novembre 1750 et installée dans la salle des cerfs de l'ancien château. Dès le 16 janvier les censeurs formaient, suivant le vœu de Tressan, une petite société particulière qui devenait la Société littéraire de Nancy.
Stanislas lui-même, comme fondateur, fut le premier membre de la docte compagnie, puis il désigna ses collaborateurs immédiats Solignac et Tressan; il s'adjoignit ensuite l'évêque de Troyes, Poncet de la Rivière; l'abbé de Choiseul, primat de Nancy; Saint-Lambert; enfin, pour bien montrer son éclectisme, le Roi invita les Pères de Menoux et Leslie à faire partie de la nouvelle société[ [17].
La cérémonie d'inauguration eut lieu le 3 février 1751; à 10 heures et demie du matin, l'abbé de Choiseul célébra la messe à la Primatiale et le Père de Menoux prononça en chaire un discours sur l'établissement de la Bibliothèque publique. Les évêques de Châlons et de Troyes étaient présents.
A 3 heures et demie, dans une grande assemblée à la salle des cerfs, on procéda à l'ouverture de la Bibliothèque.
La réunion était superbe; tous les courtisans, les dames de la cour, tous les gens de lettres et de robe étaient présents; le prince de Craon, le duc Ossolinski, M. de la Galaizière, Mme de Boufflers et ses sœurs, Mmes de Bassompierre et de Chimay, trônaient au premier rang. Le roi de Pologne n'assistait pas à la cérémonie.
M. de Solignac donna d'abord lecture des règlements de l'association; puis Tressan, nommé directeur par le Roi en récompense de son zèle et du succès obtenu, prononça un long discours dans lequel il exposa le but de l'institution et fit un éloge pompeux de son fondateur. La séance se termina par une très belle harangue de l'évêque de Troyes sur le goût; le prélat fut plus applaudi que tous les autres orateurs.
Quelques jours après, les membres de la société choisirent pour patron saint Stanislas et ils décidèrent que son panégyrique serait célébré chaque année dans l'église des Cordeliers.
La seconde réunion eut lieu le 8 mai, à Nancy, dans la grande galerie de l'hôtel de Craon. L'assistance était encore fort nombreuse; Mme de Boufflers et sa famille s'y trouvaient au complet, ainsi que toute la Cour. Le directeur eut le plaisir d'annoncer à ses confrères que la création de la savante compagnie n'avait pas passé inaperçue et que d'illustres personnalités briguaient déjà l'honneur d'en faire partie; le président Hénault, Montesquieu, son fils M. de Secondat avaient écrit au Roi pour solliciter leur admission. Il fut fait droit à leur requête.
Puis le Père Leslie fit un discours interminable; Solignac lut le Lysimaque de Montesquieu[ [18], enfin Saint-Lambert prononça son discours de réception.