Comment notre ami Panpan ne se trouvait-il pas au nombre des académiciens du Roi? N'avait-il pas des titres littéraires plus que suffisants? n'était-il pas un des familiers de la cour, le plus cher ami de Mme de Boufflers? l'intime de Tressan? Soit par oubli, soit pour toute autre cause, le lecteur du Roi n'avait pas été nommé.
Tressan avait à Panpan trop d'obligations, il espérait trop de son influence sur la marquise pour ne pas s'efforcer de lui faire rendre une tardive justice. Bientôt le Roi cédait et Panpan était admis au nombre des Immortels Nancéiens. Panpan académicien! quel rêve!
Comme il n'ignore pas qu'il doit à Tressan ce nouvel honneur, le reconnaissant lecteur s'empresse de remercier son ami, qui lui répond:
«Vous êtes trop bon, ô mon cher Panpan, de me faire un mérite d'un acte qui m'est aussi agréable. Et qu'ai-je donc fait que de suivre ce que l'esprit, le goût et le cœur m'inspiraient pour vous?
«Ne faites-vous pas plus d'honneur à la littérature lorraine que vingt tristes commentateurs? Le langage de la raison, la connaissance du beau, du naturel, et de l'art de le peindre et de le bien exprimer, le talent de faire les plus jolis vers, le don de sentir vivement, la justesse dans le goût, le ton de la bonne compagnie, et par-dessus tout cela, tout ce qu'il faut pour mériter et conserver des amis: vous manque-t-il aucun de ces traits? et croyez-vous qu'ils ne m'aient pas fait tour à tour une impression durable? Avec votre chienne de modestie vous m'enquinaudez et l'ami Liébaut m'accusera de coqueter avec vous, mais je compte bien qu'il aura son tour et que je renverserai certains remparts jésuitiques, car enfin ce n'est pas tout que d'être homme d'honneur et d'esprit avec eux, leur amitié ne se donne pas à si bon marché.»
Mais le cœur de Panpan déborde de reconnaissance; il a comblé son ami de remerciements, il veut l'en accabler et il redouble en effusions épistolaires. Cette fois Tressan se fâche et il riposte à son correspondant en ce style plus que familier:
«Je vous prie d'aller une fois de plus vous faire f..... pour vous apprendre à me faire un beau compliment sur votre place à l'académie...»
Croit-il donc que la Société littéraire lui a fait grand honneur en lui ouvrant ses portes? Mais c'est tout le contraire qui est la vérité. «Vous êtes un de ceux, lui dit-il, qui sauverez cette société de la langueur et du ridicule qui l'accable.»
Les critiques de Tressan n'étaient déjà que trop justifiées. En dépit des efforts de ses organisateurs, les débuts de la nouvelle société étaient plutôt pénibles et les séances se traînaient en de lamentables banalités. On se bornait en général dans chaque réunion à couvrir d'éloges le roi de Pologne, puis à prononcer de pitoyables discours souvent sur les sujets les plus invraisemblables. Le 11 mars 1751 Tressan parle longuement de deux enfants nés à Nancy et qui ont un cœur commun; un jour il est question des redoutables dangers des rapports entre les deux sexes; une autre fois un académicien fait un discours si déplacé sur les sécrétions du corps humain, qu'on est obligé en hâte de lui enlever la parole, etc., etc.
Ce fut le 20 octobre 1752 que Panpan fut admis à prononcer son discours de réception. Il avait pris pour sujet l'esprit philosophique.