Alors comme aujourd'hui ces fêtes littéraires étaient très recherchées; elles l'étaient d'autant plus qu'elles avaient pour les Lorrains l'attrait de la nouveauté. Panpan jouissait du reste de trop de réputation pour ne pas faire «salle comble». Le 20 octobre l'assistance était donc des plus brillantes, on se pressait dans la salle des séances, les plus jolies dames de la cour assistaient à la cérémonie. Inutile d'ajouter que Mmes de Boufflers et de Bassompierre occupaient les places d'honneur.

Le discours de Panpan, fort bien composé et lu avec beaucoup d'art, fut très goûté de la nombreuse assistance et il remporta un suffrage unanime. L'auteur fut couvert d'applaudissements.

Tressan, que ses devoirs de gouverneur avaient empêché d'assister à la cérémonie, s'empressa d'écrire à son ami pour le féliciter:

«Toul, 1752.

«Je sais que vous avez prononcé un discours charmant et applaudi sur l'esprit philosophique. Je me doute bien que vous n'aurez pas donné la préférence aux stoïques et que vous aurez vanté et prouvé cette paix de l'âme qui conduit Fontenelle dans une route semée de fleurs jusqu'à cent ans; de cette paix délicieuse à laquelle vous ne souffrez quelque petite secousse que les jours de congé, et qui vous rend égal, riant et jouissant de la société dans votre grand fauteuil et aux pieds de nos charmantes marquises.»

Si l'on pouvait s'étonner que Panpan n'ait pas dès le début fait partie de la Société littéraire, il était encore beaucoup plus extraordinaire que Stanislas n'ait pas songé à offrir à son ami Voltaire un siège dans son Académie. Le philosophe n'était-il pas tout désigné pour en faire partie, et par son illustration, et par son amitié avec le Roi et par les souvenirs impérissables qu'il avait laissés de son séjour à la cour de Lorraine? Et cependant il n'en fut pas question.

Il est vraisemblable que, livré à lui-même, Stanislas se serait empressé de nommer un homme dont le nom seul suffisait pour immortaliser la jeune Académie, mais le Père de Menoux ne l'entendait pas ainsi; outre qu'il n'avait pas oublié les querelles anciennes, il caressait l'espoir de dominer la nouvelle société et il ne se souciait nullement d'avoir pour confrère son ennemi juré, un rival dont l'autorité incontestée réduirait à néant ses ambitieux projets. Il usa donc de toute son influence sur le roi et il obtint qu'on laisserait à l'écart l'illustre philosophe.

Certes le titre d'académicien de Nancy était pour Voltaire d'une bien mince importance; il fut cependant surpris et froissé d'un ostracisme auquel il ne devait pas s'attendre. On sent, dans sa correspondance, combien l'oubli dans lequel on l'a laissé lui a été sensible.

Panpan allait lui fournir l'occasion de manifester sa mauvaise humeur et ses secrets désirs.

Depuis qu'il avait quitté la cour de Lunéville, après les tristes événements de septembre 1749, le philosophe avait séjourné dans la capitale et fait de fréquentes apparitions à Versailles. Mais il n'avait pas reçu à la cour l'accueil qu'il espérait, et en particulier la froideur de Mme de Pompadour lui avait été fort pénible.