La publication des Lettres péruviennes fut pour l'auteur une véritable bonne fortune. Elle était toujours restée en relations avec la cour de Vienne. Le succès de son ouvrage engagea l'impératrice à lui demander quelques petites pièces, simples et morales, qui pussent être représentées par les jeunes archiduchesses. Mme de Graffigny s'empressa de déférer à l'impérial désir et elle composa cinq ou six comédies qui furent jouées effectivement par les princesses et les dames de la cour[ [25].

Enhardie par le succès des Lettres péruviennes, Mme de Graffigny voulut s'essayer dans l'art dramatique; elle composa un roman en cinq actes, intitulé Cénie, et elle le proposa aux comédiens français. La pièce fut admirablement montée et jouée à ravir. Grandval et Sarrasin, Mlles Gaussin et Dumesnil, y étaient inimitables et ils firent verser aux spectateurs «des torrents de larmes». Le succès fut étourdissant. Fréron écrivait à l'auteur:

Besoin n'était qu'on fît défense

A la critique de railler.

Quand même elle pourrait parler,

Vous la réduiriez au silence.

Cénie fut reprise au mois de novembre et elle eut onze représentations[ [26], ce qui était énorme pour l'époque.

Ce n'est pas seulement à Paris que l'auteur de Cénie fut couvert d'éloges; en Lorraine on se montra très fier de son succès, qui rejaillissait sur ses compatriotes.

Le 3 février 1751, Solignac, prononçant un discours à l'Académie de Nancy, s'écriait:

«Votre province, messieurs, vient de nous fournir un exemple bien éclatant que les sciences n'ont jamais que d'heureux effets dans les âmes bien nées. Permettez à l'amitié un éloge où mon sujet me conduit naturellement, que je ne puis refuser à la justice, que je dois à votre gloire, et qui est propre à exciter en vous une noble émulation.