«V.»
Panpan mit ses projets à exécution, il se rendit à Paris, eut la joie de retrouver sa vieille amie Mme de Graffigny; il se lança dans la société littéraire, se lia avec Mlle Quinault, mais, en dépit de toutes les influences, les Comédiens français se montrèrent impitoyables, et il revint en Lorraine sans avoir eu la satisfaction de voir jouer les Engagements indiscrets.
CHAPITRE VIII
1755
Incendie du château de Lunéville.—Inauguration de la Place Royale et de la statue de Louis XV.—Discours de Tressan.—Le Cercle de Palissot.
On se rappelle qu'en 1744 un violent incendie avait détruit toute une aile du château de Lunéville et en particulier les appartements du chancelier de la Galaizière. Semblable accident survint au début de l'année 1755 et la famille du chancelier faillit encore en être la victime.
Le 6 février, à trois heures du matin, les habitants du château furent réveillés par ce cri sinistre: au feu! au feu! Toute l'aile droite des bâtiments était en flammes. Il fut impossible de rien sauver et l'on dut se borner à préserver le principal corps de logis. Le froid, qui était excessif, rendait les secours fort difficiles et ajoutait encore à l'horreur du sinistre. Presque tous les habitants durent s'échapper par des échelles, sans même avoir eu le temps de se vêtir. Mme de la Galaizière, le comte de Lucé, le marquis de Ménessaire, M. de Bercheny et toute sa famille s'enfuirent en chemise, ce qui, vu la rigueur de la température, ne laissait pas d'être assez dangereux. Une chanoinesse de Remiremont ne dut son salut qu'à un sergent des gardes qui, au risque de la vie, vint l'enlever au milieu des flammes. Pour comble de disgrâce, tous les effets des hôtes du Roi furent brûlés, ou volés par cette lie de la population que les catastrophes ne manquent jamais d'attirer[ [37].
M. de la Galaizière, aidé par les gardes de service, put sauver ses papiers les plus précieux.
Cette année, qui commençait sous d'aussi fâcheux auspices, allait voir l'achèvement d'une des œuvres les plus belles et les plus glorieuses du règne de Stanislas. C'est, en effet, au courant de l'année 1755 que fut terminée cette fameuse place Royale, qui aujourd'hui encore fait notre admiration.
L'origine de ce merveilleux monument est assez singulière. En décembre 1751, Héré, cet apprenti maçon dont Stanislas avait su deviner le génie et dont il avait fait son architecte préféré, assistait un soir au coucher du Roi. Tout à coup le monarque a une inspiration subite; il demande un crayon, du papier, il expose un projet qui vient de germer dans sa cervelle. Héré discute, approuve, blâme; bref, après une heure de discussion, le roi et son architecte se trouvaient d'accord et le plan général de la place Royale était arrêté et décidé. Stanislas, impatient, déclara que les travaux commenceraient dès le lendemain. Le jour suivant, en effet, vingt ouvriers étaient à l'œuvre.