Dès le 18 mars 1752, le duc Ossolinski posa solennellement la première pierre de la place, avec une inscription gravée sur une lame d'airain.
Mais ce projet grandiose n'était pas encore suffisant aux yeux de Stanislas; désireux d'émerveiller ses contemporains, il imagina d'élever une statue à son gendre. Il écrivait naïvement: «J'ai résolu une chose dont il n'y a pas eu d'exemple jusqu'à moi; aucun Roi n'a érigé une statue à un Roi vivant, ni un beau-père à son gendre!» Il fut décidé que cette statue s'élèverait au milieu de la place Royale, dont elle deviendrait le plus bel ornement.
Un arrêt du conseil des finances du 24 mars déclara que le Roi «ayant résolu de former une place publique dans sa bonne ville de Nancy et d'y ériger la statue du Roi Très Chrétien, son gendre, pour servir de monument éternel de sa tendre affection envers Sa Majesté, ce qui contribuera en outre de plus en plus à l'embellissement de la dite ville et à la commodité de ses habitants», il ordonne que la porte Royale servant de passage de la ville vieille à la ville neuve sera démolie et qu'il en sera ouvert une autre pour le même usage «au point milieu».
Louis XV, par la déclaration de Versailles du 8 juin 1752, enregistrée en la chambre des comptes de Paris le 14 juillet suivant, agréa et confirma les dispositions de Stanislas. «Nous nous sommes, dit-il, déterminé d'autant plus volontiers à concourir à ce qu'Elle désire, que le succès de son projet tend à notre gloire, à l'embellissement de l'une des plus belles villes, qui doit faire partie de notre royaume, et à affermir l'amour de ses habitants pour leurs souverains.»
On vit donc s'élever, avec une célérité qui répondait à l'impatience de Stanislas, l'Arc de Triomphe ou Porte-Royale, la place Royale, la place d'Alliance, la nouvelle rue de la Congrégation, la rue neuve Sainte-Catherine, la rue l'Évêque, la rue d'Alliance, les portes Saint-Stanislas et Sainte-Catherine, etc.
En 1755 tout était prêt. Le Roi décida que l'inauguration de la statue et celle de la place Royale auraient lieu le même jour et avec toute la pompe imaginable.
Sur le conseil de Mme de Boufflers, qui prenait toujours le plus vif intérêt à tout ce qui concernait l'Académie, le Roi voulut que la savante compagnie jouât un rôle important dans la cérémonie et il demanda à Tressan de prononcer un discours au nom de ses collègues. Très flatté, le gouverneur de Toul s'empressa d'accepter et il se mit à l'œuvre. Mais tout n'allait pas se passer sans encombre.
Si Stanislas s'était par hasard imaginé que la concorde et la paix régneraient toujours parmi les membres de la Société royale, il connaissait bien mal les gens de lettres et il ne tarda pas à être cruellement désabusé.
Déjà les tracasseries étaient incessantes et le Roi passait son temps à calmer les amours-propres irrités. Tressan, d'une part, prétendait tout diriger et voulait faire dominer l'esprit philosophique; le Père de Menoux, d'autre part, s'efforçait de s'emparer de l'Académie et de la diriger dans le sens contraire, c'est-à-dire, dans le sens dévot.
Au commencement de 1755, lorsque la Société se réunit pour élire son président annuel, grâce aux intrigues du Père de Menoux, elle désigna l'abbé de Choiseul, primat de Nancy. Tressan, qui s'attendait à être nommé pour cette année mémorable, écrit aussitôt à Mme de Boufflers une lettre où le dépit perce à chaque ligne; dans sa colère, il offre de renoncer à ses droits et d'abandonner à M. de Choiseul le soin de prononcer le fameux discours.