Toute la Lorraine ne songeait qu'aux fêtes qui se préparaient.
Au mois d'avril, le célèbre chanteur Jelyotte traversa Lunéville et son arrivée vint changer un peu le cours des préoccupations qui absorbaient les habitants. Jelyotte était la coqueluche des Parisiens et surtout des Parisiennes; il jouissait dans la capitale d'une vogue inouïe, ses bonnes fortunes ne se comptaient plus. «On tressaillait de joie dès qu'il paraissait sur la scène, dit Marmontel, on l'écoutait avec l'ivresse du plaisir,... les jeunes femmes en étaient folles: on les voyait à demi-corps, élancées hors de leurs loges, donner en spectacle elles-mêmes l'excès de leur émotion et plus d'une, des plus jolies, voulait bien la lui témoigner...»
Jelyotte fut accueilli à la cour de Stanislas avec enthousiasme. Il y fut «fêté, caressé, admiré» par tous. Il chanta plusieurs fois à la cour, chez Mme de Boufflers, chez Mme de Talmont, chez M. de la Galaizière.
La veille de son départ, et pour le remercier du plaisir qu'il lui avait causé, le roi lui remit une tabatière en or, ornée de son portrait.
De Lunéville, Jelyotte se rendit à Nancy, où il s'arrêta une journée à la demande du Père de Menoux. Mme de Talmont et Mme de Boufflers avaient accompagné le comédien, dans l'espoir de l'entendre une fois encore. Elles furent récompensées de leur zèle. Jelyotte consentit à chanter à la Mission. Tout Nancy et les environs se pressaient sous les fenêtres du couvent, ne se lassant pas d'entendre cette admirable voix et la foule enthousiaste couvraient d'applaudissements frénétiques le célèbre chanteur.
En avril 1755, les travaux de la place Royale étaient à peu près terminés; on finissait l'arc de triomphe et on se disposait à poser les bois de l'hôtel du gouvernement; Joly achevait la salle de comédie; Girardet peignait à fresques celle de l'hôtel de ville; Jean Lamour avait posé la grille près de la Comédie, et on commençait le pavé de la place Royale.
Il était grand temps de s'occuper de la statue. On voulut la fondre dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 mai; malheureusement, vers les neuf heures du soir, le fourneau «souffla par la mauvaise qualité des briques du creuset qui se vitrifièrent et se mêlèrent au bronze», mais on s'aperçut à temps de l'accident et le moule ne fut pas atteint.
Il fallut recommencer l'opération; cette fois, elle réussit à merveille. La statue fut coulée à Lunéville le 15 juillet, à sept heures du soir, en trois minutes, dans le jardin du sculpteur Guibal.
Le roi de Pologne, qui était à Commercy, apprit cette nouvelle le lendemain matin avec un «plaisir incroyable» et le soir il fit tirer un feu d'artifice en signe de réjouissance.
Stanislas, très désireux de hâter la cérémonie, souhaitait que le bronze fût en place pour la fin d'août, mais des retards imprévus survinrent et l'inauguration dut être remise au mois de novembre.