Enfin, tout paraissant prêt pour la cérémonie, le prince en fixa la date au 26 novembre.
Cette date ne plaisait pas à Tressan, qui écrivait à son ami Panpan:
«Je suis désolé que le Roi persiste à donner sa fête le 26; elle ressemblera un peu aux fêtes de Tentules où l'on immolait tant de victimes humaines; nous le serons tous par le froid et la boue, et les dames se plaindront que la seule ér...... qu'il y ait dans Nancy soit celle de la statue.»
Stanislas, dans son ravissement, s'occupa lui-même des moindres détails de la fête; le programme est tout entier de sa main[ [38].
Dans la journée du 15 novembre, la statue fut placée sur un chariot fait exprès et amenée vers le soir devant le corps de garde du château de Lunéville. Le 16, à huit heures et demie du matin, elle partit pour Nancy, traînée par trente-deux chevaux et accompagnée de deux brigades des gardes du corps; elle arriva à huit heures du soir devant la porte Saint-Georges. Le lendemain 17 elle fut introduite dans la ville et amenée sur la grande place, où se trouvait un détachement de la garnison pour la recevoir. A peine arrivée, les troupes formèrent le carré et elles ne laissèrent plus pénétrer que les ouvriers. Le 18 à midi, la statue était dressée sur son piédestal; elle fut aussitôt recouverte d'un voile pour en dérober la vue à la curiosité du public.
Le 21, Stanislas quittait Lunéville, suivi de toute la Cour, et il venait s'installer à la Malgrange, afin de pouvoir surveiller plus aisément les derniers préparatifs de la cérémonie.
Mais les décisions royales soulevèrent des difficultés que le monarque n'avait pas prévues et qui lui causèrent bien du souci. Tout d'abord un conflit s'éleva entre l'archevêque de Besançon, grand aumônier, et l'évêque de Toul; tous deux avaient la prétention de célébrer la messe à laquelle le prince devait assister. Stanislas chercha à les concilier, mais les prélats n'en furent que plus acharnés à défendre ce qu'ils considéraient comme leurs droits et leurs prérogatives. La dispute prit de telles proportions que le Roi, puisque sa présence était la pierre d'achoppement, déclara qu'il n'assisterait ni à l'une ni à l'autre des cérémonies annoncées.
Dans l'espoir d'apaiser la querelle, un esprit ingénieux proposa une combinaison, qui pouvait tout arranger: c'est que le Roi, au lieu d'une messe, en entendît deux. Cette solution plut à Stanislas, qui s'y arrêta. On voit en effet, par les comptes rendus officiels, qu'il assista le 26 à la messe de Bon-Secours, célébrée par le grand aumônier, et ensuite à celle de Saint-Roch, dite par l'évêque de Toul.
Le monarque entra à Nancy à deux heures après-midi: une partie du régiment du Roi faisait la haie depuis la porte Saint-Nicolas; l'autre partie était sur la place Royale. Sa Majesté Polonaise, en arrivant à l'Hôtel de Ville, que gardait un détachement des gardes lorraines, fut complimentée par M. Thibault à la tête des magistrats. Stanislas s'étant ensuite placé sur le balcon du grand salon, le héraut d'armes partit de l'Arc de triomphe, précédé par les trompettes et les timbales; il fit le tour de la place et, s'arrêtant devant chaque pavillon, il répéta à haute voix cette proclamation: «Messieurs, c'est aujourd'hui que le Roi fait la dédicace du monument que Sa Majesté a fait ériger comme un gage de son amour pour le Roi son gendre. Vive le Roi!»
Le reste de la cérémonie se déroula scrupuleusement suivant le programme arrêté. Tressan prononça son discours et reçut les félicitations du Roi et de la Cour. Puis le Père Menoux, qui n'entendait pas jouer un rôle muet, récita une chanson de circonstance, qui fut également fort goûtée. Aussitôt après on découvrit la statue, et la population, habilement préparée, poussa de longues acclamations[ [39].