«Adieu. Je me meurs d'impatience de vous dire moi-même combien je vous aime.»
CHAPITRE XVII
(1748)
Séjour de Voltaire et de Mme du Châtelet à Commercy, du 29 juin au 10 août; à Lunéville, du 11 au 26 août.
Voltaire et Mme du Châtelet quittent Paris au jour fixé, c'est-à-dire le 29 juin 1748. Ils se rendent directement à Commercy pour rejoindre le roi de Pologne qui y est installé depuis le 15 juin.
S'il faut l'en croire, le philosophe part sans enthousiasme, il suit son astre «cahin caha»; comme d'habitude il est agonisant et il a fallu «l'empaqueter» pour Commercy.
Le fidèle Longchamp accompagne ses maîtres.
Naturellement le voyage ne peut s'accomplir sans encombre. A Châlons-sur-Marne l'on s'arrête à l'hôtel de la Cloche pour changer de chevaux. La marquise, qui éprouve quelque fatigue, demande à Longchamp de lui faire apporter un bouillon. Mais la maîtresse de l'hôtel, qui sait par les indiscrétions du postillon à quels illustres voyageurs elle a affaire, se fait un devoir de les servir elle-même.
Quand Longchamp veut régler la dépense, l'hôtesse demande modestement un louis, soit 24 livres, pour prix de son bouillon. Longchamp stupéfait en réfère à la divine Émilie qui jette les hauts cris, proteste, s'indigne. Mais la femme ne veut rien entendre; elle déclare qu'un louis est chez elle le prix «d'un œuf, d'un bouillon ou d'un dîner», et qu'elle ne diminuera pas un sol.
Voltaire, qui s'impatiente au fond de sa chaise de poste, descend à son tour et intervient dans la discussion. Il le fait d'abord avec bonhomie; il déclare s'en rapporter aux sentiments honnêtes de cette femme; il lui explique qu'il ne demande qu'à payer un prix raisonnable, mais que sa prétention est exorbitante; que jamais, dans aucun pays, un bouillon n'a coûté un louis, etc.; toute son éloquence échoue devant l'entêtement de l'aubergiste.