«Je vous prie, monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de me faire savoir si je puis compter sur les choses que vous m'avez promises, et s'il n'y a point d'obstacles. Le mauvais état de ma santé ne me permet ni de rester longtemps à la cour du roi, auprès de qui je voudrais passer ma vie, ni d'avoir l'honneur de manger aux tables auxquelles il faut se rendre à un moment précis, qui est souvent pour moi le temps des plus violentes douleurs. Il fait froid d'ailleurs les matins et les soirs pour les malades.

«Il serait un peu extraordinaire que, malgré votre amitié, on refusât ici les choses nécessaires à un homme qui a tout quitté pour venir faire sa cour à Sa Majesté.

«Je vous prie de me faire savoir s'il faut en parler au roi.

«Voltaire.»

A neuf heures un quart, pas de réponse!

Le philosophe, qui ne brille pas par la patience, reprend la plume:

«29 août 1749, à 9 heures 1/4 du matin.

«Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien donner des ordres en vertu desquels je sois traité sur le pied d'un étranger; et ne me mettez pas dans la nécessité de vous importuner tous les jours.

«Je suis venu ici pour faire ma cour au roi.—Ni mon travail, ni ma santé ne me permettent d'aller piquer des tables.—Le roi daigne entrer dans mon état; je compte passer ici quelques mois.

«Sa Majesté sait que le roi de Prusse m'a fait l'honneur de m'écrire quatre lettres pour m'inviter à aller chez lui.