«Je puis vous assurer qu'à Berlin je ne suis pas obligé à importuner pour avoir du pain, du vin, de la chandelle. Permettez-moi de vous dire qu'il est de la dignité du roi et de l'honneur de votre administration de ne pas refuser ces petites attentions à un officier de la cour du roi de France, qui a l'honneur de venir rendre ses respects au roi de Pologne.
«Voltaire.»
A neuf heures trois quarts, pas de réponse!
C'en est trop! Comment Voltaire peut-il laisser humilier ainsi en sa personne un valet de chambre du roi de France! Il reprend la plume et s'adresse au roi de Pologne lui-même:
«29 août 1749, à 9 heures 3/4 du matin.
«Sire,
«Il faut s'adresser à Dieu quand on est en Paradis. Votre Majesté m'a permis de venir lui faire ma cour jusqu'à la fin de l'automne, temps auquel je ne puis me dispenser de prendre congé de Votre Majesté. Elle sait que je suis très malade et que des travaux continuels me retiennent dans mon appartement autant que mes souffrances; je suis forcé de supplier Votre Majesté qu'elle ordonne qu'on daigne avoir pour moi les bontés nécessaires et convenables à la dignité de sa maison, dont elle honore les étrangers qui viennent à sa cour. Les rois sont, depuis Alexandre, en possession de nourrir les gens de lettres, et quand Virgile était chez Auguste, Alliotus, conseiller aulique d'Auguste, faisait donner à Virgile du pain, du vin et de la chandelle. Je suis malade, aujourd'hui, et je n'ai ni pain, ni vin pour dîner.
«J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, sire, de Votre Majesté le très humble, etc.»
«Voltaire.»
Le roi, que ces querelles ennuient à périr, qui ne veut pas se brouiller avec Voltaire, mais encore moins peut-être avoir des difficultés avec un homme aussi précieux que le conseiller aulique, se borne à remettre à Alliot la lettre du philosophe en le chargeant d'y répondre.