Alliot s'en acquitte avec une insolence qui dut mettre Voltaire hors de lui:
«Août 1749.
«Vous avez à dîner chez vous, monsieur; vous y avez potage, pain, vin et viandes; je vous fais donner bois et bougies; et vous vous plaignez à M. le duc, au roi même, aussi injustement. Sa Majesté m'a remis votre lettre sans m'en rien dire; et je n'ai pas voulu pour vous-même lui dire que vous aviez le plus grand tort du monde de vous plaindre. Il est des règles ici qu'il faut suivre: aussi vous aurez agréable de vous soumettre; je ne m'en dépars point; c'est que rien ne se donne à la cave par extraordinaire sans un billet de moi. Chaque jour, le détail est grand et pénible; il est pour moi. Que vous importe, pourvu que vous ayez ce que vous demandez?
«Vous n'avez manqué de rien, je le dis à vous-même; et vous dites que vous avez manqué de tout!
«Vous êtes le premier qui se soit plaint de la façon dont on reçoit les étrangers, puisque vous voulez l'être. Je vous ai fait donner ce que vous avez demandé; et vous avez, encore une fois, tort de vous plaindre.
«Vous citez la cour de France pour modèle! Elle a ses règles et nous avons les nôtres; mais la nôtre est absolument inutile à la cour de France. Vous le savez mieux que moi.
«Je suis très fâché pour vous-même de vos démarches, et j'espère que vous sentirez combien elles sont déplacées puisque j'espère que vous vous trouverez très bien de la façon avec laquelle vous avez été traité jusqu'à présent, et à laquelle il n'y a rien à ajouter.
«Je vous nie qu'Alliotus, conseiller aulique, fit donner du pain, du vin, de la chandelle à Virgile.
«Je le fais à M. de Voltaire parce que c'est un pauvre homme et que Virgile était puissant et avait chez lui une table fine et excellente, où il traitait ses amis et y était à son aise avec eux. Ainsi nulle comparaison des temps; Virgile d'ailleurs travaillait pour son plaisir et pour la gloire de son siècle, au lieu que M. de Voltaire le fait par nécessité et pour ses besoins; ainsi on accorde à l'un par bienséance ce que l'on n'aurait osé offrir à l'autre, crainte d'être refusé.
«Alliot.»