Elle possédait un tempérament ardent et une âme passionnée; aussi, quand elle aime, s'abandonne-t-elle tout entière, sans restrictions et sans réserves. Cœur, esprit, corps, elle donne tout à l'amant adoré. Situation, fortune, préjugés, mari, avenir, enfant même, elle est prête à tout lui sacrifier, sans un soupir, sans un regret.

Malheureusement pour elle, elle donne trop, et elle n'est pas payée de retour. Et puis, elle ne possède pas le véritable charme de la femme; on l'aime bien quelques jours, mais elle ne sait pas retenir et on ne s'attache pas à elle.

Aussi n'a-t-elle jamais été heureuse en amour. A ses caresses ardentes, à son dévouement absolu, on ne lui répond en général que par des sentiments plus discrets. Alors qu'elle rêve d'amours éternelles, on ne lui répond que par des liaisons éphémères ou des froideurs qui la désespèrent.

Quand elle se vit délaissée par son mari, elle n'hésita pas longtemps sur le parti qui lui restait à prendre; elle chercha un amant et M. de Guébriant fut l'heureux élu. Elle l'aima de toute son âme, elle l'idolâtra; mais le marquis était de son temps, il ne se piquait pas d'une constance à toute épreuve, et au bout de quelques mois il abandonnait purement et simplement sa conquête. Mme du Châtelet, qui avait cru naïvement à des liens éternels, fut au désespoir; quand elle ne put douter de son malheur, elle n'hésita pas: elle avala une dose de laudanum qui aurait pu tuer deux personnes. C'est ce qui la sauva.

Il lui fallut du temps pour se remettre de cette douloureuse épreuve physique et morale; mais, grâce à sa jeunesse et à une santé vigoureuse, elle se rétablit complètement.

La cruelle mésaventure par laquelle elle avait débuté dans la voie de la galanterie ne découragea pas Mme du Châtelet. Au marquis de Guébriant succéda le jeune duc de Richelieu: c'était tomber de Charybde en Scylla. Le duc n'admettait que les liaisons d'un jour et il le prouva bien vite à sa nouvelle amie. Mais, cette fois, elle commençait à s'habituer aux mœurs de l'époque et elle ne prit pas au tragique l'incident qui survenait. Et même, par extraordinaire, les deux amants se séparèrent sans se brouiller à mort et une franche et cordiale amitié succéda à l'éphémère passion qui les avait réunis.

Mme du Châtelet eut-elle d'autres intrigues et se consola-t-elle de Richelieu comme elle s'était consolée de Guébriant? C'est possible, mais nous l'ignorons, et cela importe peu à notre récit.

Arrivons à l'événement capital de sa vie, à sa liaison avec Voltaire.

Elle avait déjà rencontré Voltaire dans son enfance, chez son père; elle le retrouva en 1733 dans les salons de Paris. Il était l'intime ami du duc de Richelieu et naturellement il fut bientôt lié avec Mme du Châtelet.

Le poète avait alors trente-neuf ans: il était dans tout l'éclat de la réputation et de la gloire; il jouissait d'un prestige inouï. Mme du Châtelet, dont le cœur était libre en ce moment, ne le revit pas sans une grande émotion, et bientôt elle s'éprit pour lui de la passion la plus folle, la plus irrésistible.