«Mme de Beauvau a un courage indomptable; la gloire est sa passion. Rien ne lui fait peur. L'exil, la perte du commandement sont des bagatelles...»
Cependant le premier moment d'enthousiasme passé, le prince comprit qu'il restait dans une situation terrible et il ne parvenait pas toujours à dissimuler le chagrin qu'il en éprouvait. Mme du Deffant écrivait:
«Octobre, 1771.
«Il est profondément triste: je le tiens aussi malheureux que notre premier père. Il est peut-être encore plus triste, mais ce qui est ineffable, il n'a aucun repentir; il mangera, je vous jure, toutes les pommes que son Ève voudra; j'ai des instants où j'en suis affligée, mais soudain je me console par l'extrême contentement qu'ils ont de leur gloire prétendue. Ils sont dépouillés, ils sont presque nus, ils n'ont nulle ressource, mais ils sont des héros. Leurs créanciers ne partagent pas leur gloire. Tout le monde est fou.»
Comment Mme de Mirepoix, si bien en Cour, n'avait-elle pas cherché à détourner de son frère la colère royale? C'est que depuis sa triste intimité avec Mme Dubarry, M. de Beauvau avait cessé toutes relations avec sa sœur. Il y avait encore une autre raison. Mmes de Mirepoix et de Beauvau se détestaient cordialement; il existait entre elles une haine violente, acharnée, qui se donnait carrière à tout propos. Cependant la vieille maréchale aimait toujours son frère, et elle fit ce qu'elle put pour le servir, mais le Roi était offensé et elle ne put lui arracher qu'une maigre gratification annuelle de 25,000 livres.
L'exil de Choiseul et les changements politiques qui en avaient été la conséquence n'empêchaient nullement la vie mondaine de suivre son cours. Mme de Boufflers en particulier fréquentait plus que jamais Mmes de Luxembourg, du Deffant, de Caraman, de Cambis; et son intimité avec toutes «les idoles», et toute «la clique» du Temple n'avait fait qu'augmenter.
Il y avait un homme qui, depuis quelques années, suivait Mme de Boufflers comme son ombre, c'était le prince de Bauffremont. Depuis qu'il s'était plus intimement lié avec elle, il en était arrivé à négliger toutes ses autres relations.
Le prince était un des grands amis de Mme de Choiseul et de Mme du Deffant; ces dames avaient même voulu en 1769 le marier. Bien qu'il ne fût plus de la première, ni même de la seconde jeunesse, puisqu'il avait cinquante-neuf ans, comme il possédait un beau nom et une grande fortune, bien des mères de famille «le postulaient pour leur fille». Mais le prince avait déjà le cœur pris, et les tentatives de Mmes de Choiseul et du Deffant échouèrent tout naturellement.
Cependant les relations du prince et de Mme de Boufflers étaient devenues si fréquentes qu'elles frappaient les moins clairvoyants, et le bruit commençait à se répandre dans la société que cette affection si persistante finirait par un bel et bon mariage.
Mme de Lenoncourt souhaitait fort pour son amie la réalisation de ce projet, et elle écrivait avec sa verve habituelle: