L'abbé de Voisenon, qui recevait le prince, ne se montra pas à la hauteur du récipiendaire, son discours fut des plus médiocres, «une véritable ripopée», écrit Mme du Deffant[ [78].
Dès qu'il a connaissance du discours de M. de Beauvau, Voltaire enthousiasmé lui écrit pour le féliciter:
«Ferney, 5 avril 1771.
«Je me mets aux pieds de mon très respectable confrère, qui veut bien m'appeler de ce nom, comme un chêne est le confrère d'un roseau. Le roseau, en levant sa petite tête, dit très humblement au chêne: Ceux de Dodone n'ont jamais mieux parlé. Il est vrai, illustre chêne, que vous n'avez point prédit l'avenir, mais vous avez raconté le passé avec une noblesse, une décence, une finesse, un art admirable.
«En parlant de ce que le Roi a fait de grand et d'utile, vous avez trouvé le secret de faire l'éloge d'un ministre, votre ami... Vous avez sacrifié à l'amitié et à la vérité...
«C'est ainsi que le pauvre roseau cassé en use avec le beau chêne verdoyant auquel il présente son profond respect.»
La fidélité de M. de Beauvau à ses amis lui coûta cher. Le Roi, mécontent, lui enleva le gouvernement du Languedoc et le prince resta dans la situation financière la plus précaire, avec 450,000 livres de dettes criardes et 700,000 livres de dettes portant intérêt.
Le coup était cruel, mais M. de Beauvau le supporta vaillamment:
«Son maintien est admirable, écrit Mme du Deffant; il n'y a pas sous le ciel un homme plus courageux, plus noble et plus simple.»
Sa femme qui, en réalité, était la cause de tous ses malheurs, n'était pas moins vaillante: