Mme du Deffant, enthousiasmée de ce portrait si vivant et si vrai, répond à son amie:

«Le portrait de l'Incomparable est un chef-d'œuvre; vous y avez omis un seul trait, c'est l'indifférence qu'il a pour la vérité, sans pour cela être menteur...

«Je suis bien éloignée de ressembler à l'Incomparable qui porte son bonheur partout et qui voit les objets avec des lunettes qui les lui rendent tous semblables.»

Après un séjour trop court au gré de ses hôtes, le prince parle de repartir; c'est en vain qu'on cherche à le retenir; rappelé par Mme de Boufflers, il ne veut rien entendre. Choiseul, qui prend toujours le côté plaisant des choses, écrit à Mme du Deffant:

«Je suis très fâché du départ du prince, ma chère petite fille; qu'est-il nécessaire qu'il aille soigner si promptement sa future femme; si elle a mal au talon, la chanson dit qu'elle n'a qu'à se le gratter par le trou de la pochette. Mais le prince part et nos instances ne le peuvent retarder.»

On peut se demander pourquoi Mme de Boufflers n'accompagnait pas M. de Bauffremont à Chanteloup. N'eût-ce pas été le moyen le plus simple de tout concilier? C'est que la marquise, par une discrétion peut-être excessive, ne se jugeait pas suffisamment liée avec les châtelains pour aller s'installer chez eux, même pour quelques jours. Et cependant ses enfants, le marquis et le chevalier, vivaient depuis plusieurs années dans l'intimité des Choiseul; depuis la disgrâce du duc, le marquis ne cessait de lui donner les preuves du plus tendre attachement.

Touchés d'une si fidèle amitié, les châtelains l'accueillaient à bras ouverts, et lui témoignaient une très vive affection. Mme de Choiseul, en particulier, parle de lui en termes charmants. Faisant allusion à leur commune affection pour le prince de Bauffremont, elle écrit de Mme de Boufflers:

«Mon sort est d'aimer tout ce qu'elle aime. Cela fait honneur à mon goût et si je voulais être impertinente, je dirais aussi à ses œuvres, car vous connaissez mon faible pour le chevalier de Boufflers, mais vous ne connaissez pas mon fort pour le marquis; c'est mon sentiment solide. Je ne crois pas qu'il y ait une plus honnête et plus sensible créature dans le monde. Il a donné et il donne chaque jour à M. de Choiseul des marques d'amitié les plus touchantes.»

Le chevalier ne montrait pas moins de zèle que son frère pour ses amis. A peine revenu en France, après sa malencontreuse équipée de Pologne, il s'était empressé d'annoncer sa visite à Chanteloup:

Le 13 février 1772, il écrivait de Nancy à Mme de Choiseul: