Correspondance de Mme de Boufflers avec Panpan.

Pendant les premiers temps de son séjour en Lorraine, soit changement de climat, soit changement d'habitudes, Mme de Boufflers est assez éprouvée; elle a des crampes d'estomac qui la font cruellement souffrir et pour lesquelles la médecine est à peu près impuissante. Heureusement pour la marquise, elle a auprès d'elle sa fille Mme de Boisgelin, et ses deux servantes Thérèse et Manon; toutes l'entourent des plus tendres soins. Comme la marquise craint que Panpan ne s'inquiète inutilement, elle lui écrit presque chaque jour pour le tenir au courant des différentes phases de la maladie.

«Nancy, jeudi 15 juillet.

«Je ne saurais, mon bon ami, répondre à votre lettre parce qu'elle est dans la chambre où Thérèse dort. Mais en revanche, je vous dirai une vérité que j'espère que vous ne croirez pas, parce qu'elle est contre nature, c'est qu'il y a eu un jour de ma vie où j'aurais été au désespoir de vous voir, et ce jour était hier.

«D'abord vous devez croire que je me porte bien, puisque je vous dis assez que j'étais bien malade hier, c'est-à-dire que j'ai eu la grande crampe depuis quatre heures du matin jusqu'à deux heures après midi. Elle a été moins longue et moins forte que celle que j'ai eue il y a trois ans, parce qu'il y avait quelques moments d'intervalle. Je crois que M. Quessens l'a fort abrégée par toutes sortes de petits remèdes.

«Je ne saurais vous donner une idée du zèle et des soins de Thérèse et de la pauvre Manon. La foire et le mal de cœur accompagnaient la crampe, comme à l'ordinaire. Aujourd'hui, il n'y paraît pas. Le prince de Beauvau convient du mieux.»

Trois jours après la marquise reprend la plume:

«Nancy, 18 juillet.

«Je voulais vous écrire hier, dès le matin, pensant que vous seriez peut-être encore un peu inquiet des suites de cette crampe qui n'en a aucune. Il me semble même que je me suis mieux portée depuis.

«Notre amie est à Sommerviller depuis jeudi, ce qui m'ennuie un peu. J'imagine qu'elle vous y verra. Les Philips qui devaient arriver hier ne le sont pas, et l'on dit que le mari est fort malade. Je vais tâcher d'en savoir des nouvelles[ [88].