«Les Ang. disent qu'elles iront vendredi 28 dîner chez vous. Elles seront en tout six, hommes et femmes. Je ne sais si Mme Durival voudra en être. Je vais le lui proposer. Je porterai du saumon et un plat de gibier.

«Croyez donc que j'ai dit à M. de Beauvau tout ce qui convenait. Je voudrais bien me dire aussi d'être comme vous voudriez que je fusse; mais j'ai un poids sur le cœur qui s'y oppose.

«Adieu, mon Veau; je dirais comme M. de Chimay si j'étais dévote: Je vais demander à Dieu qu'il me fasse la grâce de ne plus t'aimer

En juillet 1772, Mme de Boufflers eut la douleur de perdre sa mère, la princesse douairière de Craon.

Déjà depuis quelque temps la santé de la princesse, qui jusqu'alors s'était maintenue excellente, donnait quelques inquiétudes. Son petit-fils le chevalier de Boufflers vint la voir au mois de juin, il la trouva assez souffrante et il écrivit à son oncle de Beauvau, qui était à ce moment à Chanteloup, pour le prévenir de l'état de sa mère. Bien que le chevalier ne renonce pas au style plaisant qui lui est familier, on sent qu'il n'est pas sans éprouver d'assez vives inquiétudes:

«Juin.

«J'ai été il y a deux jours à Craon, j'ai trouvé ma grand-mère absolument comme je l'avais laissée pour le visage et pour la tête, mais elle souffrait horriblement d'une colique d'estomac; elle m'a fait appeler en particulier pour m'ordonner de vous faire part de son état, de vous dire que, quoi qu'elle crût son tempérament assez fort, cependant un accès de colique pouvait l'emporter d'un moment à l'autre, qu'elle voudrait avoir la consolation de vous voir encore avant votre quartier, qu'elle vous priait de venir faire dans Craon tous les arrangements que vous jugeriez convenable, que c'était vos affaires plus que les siennes, etc. Je lui ai récité le plus beau chapitre de mon traité des consolations et cela s'est terminé par une petite contestation au sujet de beaucoup de treillage que j'avais fait faire à Craon pour mes jardins de la Malgrange; je voulais le payer, elle n'a pas voulu le souffrir, et je me suis soumis comme un héros chrétien et comme un enfant respectueux.

«Agréez tous mes hommages, mon cher oncle, et daignez les présenter à mesdames vos épouse, fille et sœur; ayez aussi la bonté de ne pas m'oublier auprès de tout Chanteloup.»

La princesse de Craon n'avait que trop raison de désirer revoir son fils; ses jours étaient comptés. Le prince, sensible aux instances dont son neveu s'était fait l'interprète, se préparait à quitter Chanteloup pour aller voir sa mère, lorsqu'il apprit qu'elle était dangereusement malade. Il partit sur-le-champ, mais la maladie fit des progrès si rapides qu'il eut la douleur de ne pouvoir assister aux derniers moments de la princesse.

Elle s'éteignit le 12 juillet 1772, âgée de quatre-vingt-six ans, après avoir scrupuleusement rempli tous les devoirs de la religion; elle n'avait auprès d'elle que son fils le chevalier de Beauvau et sa fille Mme de Bassompierre.