Son extrait mortuaire édifiera le lecteur, mieux que nous ne pourrions le faire, sur sa fin et les sentiments dans lesquels elle mourut, au dire de ses contemporains[ [94].
La princesse fut ensevelie auprès de son mari, qui depuis dix-huit ans déjà reposait dans la modeste petite église d'Haroué[ [95].
On raconte qu'à son lit de mort, la vieille princesse fit venir un jeune paysan du village nommé Voinot[ [96], auquel elle avait toujours témoigné beaucoup d'intérêt et qui, aux yeux de tous, passait pour un fils naturel du chevalier de Beauvau. Après lui avoir donné les meilleurs conseils, elle termina son allocution par ces mots: «Voinot, tu seras curé d'Haroué.» C'est ce qui arriva en effet; le jeune paysan embrassa la profession ecclésiastique et il passa sa vie curé d'Haroué, où il ne mourut qu'en 1854.
Un mois après la mort de Mme de Craon, son fils le chevalier, celui que nous venons de voir assister aux derniers moments de sa mère et qui avait si fâcheusement mis à mal Mlle Alliot et tant d'autres vraisemblablement, se décidait à faire une fin; il épousait discrètement à Paris une veuve appelée Mme Bonnet; à partir de ce jour il prit le titre de prince de Craon.
CHAPITRE XII
1773-1774
Voyage de Mme de Boufflers à Paris.—Les assiduités du prince de Bauffremont.—Correspondance avec Panpan.—Mort de la princesse de Talmont.—Dîner du jour de l'an chez Mme du Deffant.—Surprise à Mme de Luxembourg.—Mort de Louis XV.—Réconciliation de M. de Beauvau et de Mme de Mirepoix.—Mort du marquis de Boufflers.—Maladie grave du chevalier.
Mme de Boufflers s'accommode de la vie de Nancy, puisqu'il le faut bien, mais la province lui paraît bien terne, bien monotone, et souvent sa pensée se reporte avec douleur vers la capitale et le souvenir des plaisirs que l'on y goûte lui torture le cœur. Alors, quand ses regrets sont trop vifs, elle essaie de les apaiser en leur donnant satisfaction et elle va passer quelques semaines chez sa sœur de Mirepoix.
Souvent elle est accompagnée dans ces déplacements par son nouvel et cher ami, M. de Bauffremont. Le prince, qui, maintenant, partage son temps entre Paris et ses terres de Lorraine, est plus que jamais sous le charme de la vieille marquise; plus que jamais il la trouve aimable, spirituelle, délicieuse en dépit de l'âge. Il vient même de vendre son régiment[ [97]