Quand elle est à Paris, M. de Bauffremont est si parfaitement heureux, qu'il néglige tous ses meilleurs amis, même ceux qui, comme les Choiseul, sont dans le malheur, et sont par conséquent plus susceptibles que d'autres.
Cet attachement excessif soulève l'indignation de Mme de Choiseul.
Elle écrit à Mme du Deffant, le 19 avril 1772:
«Que dites-vous de votre Incomparable, que j'attendais il y a eu hier huit jours, puis mercredi dernier, qui avait juré ses grands dieux qu'il passerait sa semaine sainte avec nous, et qui prétend être retenu par des affaires, et que je ne verrai plus que quand il plaira à Dieu ou aux beaux yeux de sa belle? Ah! votre Incomparable est incomparablement faible et insupportable pour ceux qui, comme moi, ont du faible pour lui; mais il faut le prendre comme il est, avec ses défauts, et l'aimer en dépit d'eux.»
Peu de temps après l'aimable duchesse, d'ordinaire si douce, si bienveillante, si maîtresse d'elle-même, perd toute mesure dans ses reproches; il est vrai qu'il s'agit d'un ennemi déclaré de son mari:
«Nous n'avons pas vu l'Incomparable; la petite crapule de ce dernier l'a porté, chemin faisant, chez cette petite crasse de la Vrillière.» (oct. 72.)
«Petite crapule!» le mot est vif et la pauvre Mme de Boufflers ne méritait pas semblable anathème.
Mme du Deffant n'est guère moins amère dans ses récriminations, cependant elle raille plus finement:
«Je ne vois presque plus votre Incomparable. Il est devenu un vrai automate, mais son Vaucanson ne lui donne pas autant de différents ressorts qu'en a le flûteur.»
Ces aménités épistolaires n'empêchent pas Mme du Deffant d'aller fréquemment souper chez le prince bien qu'il y fasse «un froid horrible» et que «la société n'y soit pas attirante»; mais tout ne vaut-il pas mieux que la solitude?