Ses lettres sont quelquefois d'une tristesse navrante; quelquefois, au contraire, elle reprend le dessus car elle est énergique et parle gaiement de ses maux. Un jour, après une crise violente, elle écrit à Panpan:
«C'est de mon enterrement que je vais vous parler, mon Veau, car j'ai été morte huit jours; oui, mon Veau, morte; vous m'auriez pleurée. Un accès de fièvre de vingt-quatre heures m'a rendu la vie et me voilà comme si de rien n'était. On dit que ceci n'est que des vapeurs. A la bonne heure, mais je vous jure que j'aimerais autant une fièvre maligne. J'avais une palpitation, une agitation et un tremblement intérieur continuel et extérieurement j'étais de plomb, et toujours au moment de m'évanouir. Si cela revient, je vous enverrai chercher, car je veux mourir dans les bras de mon Veau.»
Du reste ses rhumatismes, ses vapeurs, etc., ne mettent pas Mme de Lenoncourt à l'abri d'autres misères. Un jour où le Veau se plaint de son long silence, elle lui répond qu'elle n'a pas écrit parce qu'elle a eu «d'autres chiens à étriller».
«Une rage de dents, une rage d'oreilles, une rage de tête m'ont tellement obsédée, que j'ai été jusqu'à ce moment hors d'état de tenir une plume. A force d'opérations et de vésicatoires on m'a soulagée. Je suis déchiquetée comme un morceau de taffetas.
«Adieu, vache de veau.»
Toutes ces misères usent peu à peu la santé de Mme de Lenoncourt et son physique s'en ressent terriblement: «je me dépenaille tous les jours un peu davantage écrit-elle, mais je suis moins pusillanime que vous. Cela durera tant que cela pourra et je m'en moque.»
On l'envoie aux eaux de Contrexéville, mais elle est loin d'en ressentir les effets salutaires qu'on lui a fait espérer:
«Je suis toute détraquée de ces vilaines eaux de Contrexéville. En quinze jours de temps j'ai maigri de moitié. J'étais jaune, faible, dégoûtée, agitée, je dormais mal, je ne digérais pas mieux; depuis que je les ai quittées, je me rétablis, mais Dieu sait si je rengraisserai. Cela est bien difficile quand on est vieille.»
Panpan lui conseille de prendre d'elle plus de soins, de consulter les Esculapes les plus renommés, de suivre religieusement leurs prescriptions. Mais son amie se refuse absolument à écouter ses avis, elle laissera agir la nature:
«Savez-vous pourquoi? C'est que j'ai une vieille montre qui a été bonne qui tout d'un coup s'est détraquée et puis qui s'est raccommodée toute seule. Cet exemple m'a frappé. Je suis une vieille montre et je me raccommoderai peut-être aussi.»