«Mille hommages à ta mère de Mirepoix et à celle de Rochefort.»
Mme de Boisgelin n'est pas toujours d'humeur accommodante, et chez elle le ressentiment dure longtemps. Elle répond au chevalier mais sur un ton si agressif qu'un instant il est sur le point de s'en irriter. Heureusement il a trop d'esprit pour se fâcher, il se borne à écrire pacifiquement:
«Samedi.
«En vérité, mon enfant, j'ai commencé par être fâché contre toi et j'ai fini par te plaindre, car il n'y a que la fièvre qui a pu te dicter la lettre que tu m'as écrite. A force de la relire, j'ai trouvé qu'il fallait que tu m'aimasses bien pour me dire autant d'injures et je me suis laissé aller à t'aimer comme auparavant...
«Adieu, méchant garnement, écris-moi d'ici à quelques jours, parce que tu as à réparer.»
La paix se conclut naturellement, et une correspondance plus paisible reprend entre le frère et la sœur. Le chevalier est ravi des lettres qu'il reçoit, ravi également du portrait que Mme de Boisgelin lui envoie.
«Fontainebleau.
«J'avais bien raison d'être aussi impatient d'avoir de tes lettres, chère enfant; je défie Mme de Sévigné et Biblis d'en écrire de plus charmantes, et je défie toute autre chose que toi de me faire plus de plaisir. Je les lis, je les relis, et ce qu'il y a de plus charmant, je les crois. Tout m'en plaît jusqu'à une petite obscurité que tu m'éclairciras à mon arrivée, mais qui, en attendant, me fera faire de bien bons rêves.
«Et tu dis qu'en te voyant on m'a encore désiré; je n'en crois rien, et j'en juge par moi, qui m'oublie toujours auprès de toi. En vérité on aurait grand tort: je ne suis que ta partie animale, et tu es ma partie spirituelle. Je sens bien souvent mon infériorité et j'en jouis toujours.
«Je suis fâché que ton portrait soit si joli, ma chère enfant; qu'il te ressemble en laid s'il veut, pourvu qu'il te ressemble parfaitement; mais je veux le grand et le petit; l'un sera dans ma chambre et l'autre dans ma poche. Tous deux seront regardés à chaque instant et tous deux me diront que tu m'aimes.