«Je m'ennuie à mourir, mon cœur. On croit que l'ennui est une maladie lente, je commence à trouver que c'est presque une douleur vive. Tes lettres sont un calmant et ta présence sera le remède.
«Mon Dieu, mon cher amour, il me semble que si j'avais eu un tête-à-tête de trois heures avec toi, il en serait résulté plus de 50 louis par mois. Je trouve que c'est bien peu, à moins qu'on n'habille tes gens, qu'on ne nourrisse tes chevaux, et qu'on ne paie tes voyages. Au reste, je ne dois pas me plaindre d'un arrangement qui te fera peut-être recourir à moi.
«Adieu, mon cher amour, je serai au plus tard pour le grand souper de la sainte Catherine, à côté de tout ce que j'aime.
«Mille adulations à Mme de Mirepoix et mille exagérations à Mme de Cambis.»
Ce tête-à-tête de trois heures qui, à la plaisante indignation de Boufflers, n'avait valu que 50 louis par mois à Mme de Boisgelin, était un tête-à-tête avec son mari! Comme les époux vivaient de plus en plus séparés, la comtesse exigeait une pension qui lui permît de faire figure dans le monde, mais les ressources pécuniaires de M. de Boisgelin étaient précaires, et par nécessité il devait se montrer fort parcimonieux.
Le chevalier, se trouvant de passage à Paris, profite de son séjour pour aller rendre visite aux parents et aux amis qui résident dans les environs de la capitale. Il va au Val, chez son oncle de Beauvau, à Sainte-Assise chez Mme de Montesson, à Montmorency chez la maréchale de Luxembourg, à Saint-Ouen chez M. de Nivernais; c'est de là qu'il écrit à sa sœur:
«Saint-Ouen, dimanche.
«J'espérais te voir demain, chère enfant, et puis je l'espérais pour après-demain; je n'espère plus que pour mercredi, car il est de toute nécessité que je passe par Sainte-Assise, d'où Mme la maréchale de Luxembourg revient jeudi, et sans cela je ne la verrai pas de longtemps.
«On me dit tant et tant que tu es aimable, et que tu m'aimes, que je finis par croire l'un et l'autre, et par t'aimer de deux manières, l'une par goût et l'autre par reconnaissance. Je me réjouis de t'embrasser comme si je revenais d'un voyage d'outre-mer. Il me semble que j'ai à te dire tout ce que je ne t'ai pas écrit, et je sens d'avance tout le plaisir que j'aurai à réparer mes torts. Le maître de la maison, son aumônier, l'abbé de Bonneval, et en général tout ce qui l'entoure, parlent de toi avec enthousiasme et veulent que je te parle d'eux. Il m'est impossible de me trouver étranger dans une maison aussi pleine de toi; aussi y suis-je comme chez moi pour la liberté et un peu mieux pour la commodité.
«Adieu, ton chat te fait bien des compliments; il est, comme moi, bien traité à cause de toi.»