«Le nouveau bain, ou bain tempéré, a quatre croisées au levant et au couchant, cinq des deux autres faces, un billard, un café et de petits logements au-dessus. Il est voûté et soutenu par onze pilastres. L'évaporation est à la place du 12e. Il y a douze cabinets où on baigne dans des cuves, avec des robinets à chaque, pour se donner soi-même de l'eau à différents degrés. Un bassin carré au milieu et un bain commun; il a environ 2 pieds 8 p. d'eau et 4 degrés. Tout autour, des cabinets pour l'étuve et la douche. Dans un, on peut être douché de bas en haut, par un jet d'eau![ [123]»

Pendant leur séjour à Plombières et les longues promenades sous les ombrages des environs, M. et Mme de Beauvau ont longuement parlé de Voltaire avec la marquise. L'idée leur vient, avant de rentrer à Paris, de reprendre le projet si fâcheusement avorté quelques années auparavant et d'aller faire une visite au vieux philosophe; ils s'efforcent d'entraîner Mme de Boufflers avec eux. Mais la marquise qui, plus jeune, n'a pas osé affronter les précipices de la Suisse, ne se sent nullement disposée à un si lointain voyage; cependant elle accepte d'abord, donne même rendez-vous aux voyageurs à l'Hôtel des Trois Rois à Bâle, puis au dernier moment, le courage lui manque ou une autre idée lui traverse la tête, et elle part pour Scey-sur-Saône, sans même prévenir son frère du changement de ses projets.

Après avoir vainement attendu leur sœur pendant deux jours, et l'avoir cherchée sur la route «de cabaret en cabaret», M. et Mme de Beauvau se rendent à Genève. A peine arrivé le prince envoie un message à Voltaire pour lui annoncer sa visite. Le patriarche ravi lui répond:

«1777.

«C'est donc le héros d'Homère qui descend chez les ombres. Il ne passe pas debout comme l'Empereur[ [124]. Je ne suis pas sur les bords du lac, mais du Styx. Sans cela je volerais à vos pieds; mais l'état où je suis ne me permet que d'attendre vos ordres, et de remercier ma destinée.»

Si l'on veut avoir un portrait saisissant de Voltaire à cette époque, on n'a qu'à lire ce joli crayon du prince de Ligne. Après un séjour chez le philosophe, il écrivait:

«Voltaire était toujours en souliers gris, bas gris de fer, roulés, grande veste de basin, longue jusqu'aux genoux, grande et longue perruque, et petit bonnet de velours noir. Le dimanche, il mettait quelquefois un bel habit mordoré, uni, veste et culotte de même, mais la veste à grandes basques, et galonnée en or, à la Bourgogne, galons festonnés et à lames, avec de grandes manchettes en dentelles jusqu'au bout des doigts, car avec cela, disait-il, on a l'air noble...

«Il fallait le voir animé par sa belle et brillante imagination, distribuant, jetant l'esprit, la saillie à pleines mains, en prêtant à tout le monde, porté à voir et à croire le beau et le bien, abondant dans son sens, y faisant abonder les autres;... faisant parler et penser ceux qui en étaient capables, donnant des secours à tous les malheureux, bâtissant pour de pauvres familles, et bon homme dans la sienne; bon homme dans son village, bon homme et grand homme tout à la fois...»

M. et Mme de Beauvau furent reçus à Ferney avec les démonstrations de la joie la plus extrême.