Le lendemain, cependant, M. de Beauvau se présentait au couvent de Saint-Joseph et il emmenait Mme du Deffant rendre visite au patriarche; il y avait trente ans qu'ils ne s'étaient vus. La réunion fut des plus touchantes. «Il m'a marqué la plus grande amitié, écrit la marquise, et la joie la plus vive de me revoir. Elle a été réciproque.»
Mise en goût par cet accueil charmant, Mme du Deffant retourne encore deux jours après rue de Beaune:
«Je lui fis hier ma seconde visite, encore avec M. de Beauvau... Nous fûmes reçus par la nièce Denis qui est la meilleure femme du monde, mais certainement la plus gaupe... Après avoir attendu un bon quart d'heure, Voltaire arriva disant qu'il était mort, qu'il ne pouvait pas ouvrir la bouche, etc., etc.»
A part une courte visite de Voltaire deux mois après, les relations des deux amis en restèrent là.
Cependant la présence du philosophe avait causé un indescriptible émoi dans certains cercles de la Cour et Voltaire fut prévenu qu'il serait peut-être obligé de fuir la capitale. Il rappela alors à M. de Beauvau la promesse qu'il lui avait faite à Ferney, et le prince, par l'influence de la comtesse Jules de Polignac, obtint qu'on laisserait le patriarche jouir en paix de son triomphe.
A la fameuse représentation d'Irène au Théâtre-Français, c'est encore M. de Beauvau qui, aux acclamations d'une foule en délire, déposa sur la tête du poète une couronne de lauriers.
En apprenant l'arrivée du philosophe à Paris, Boufflers, qui se morfondait avec son régiment sur les côtes de Bretagne, écrivait à Mme de Sabran:
«Brest.
«J'espère que vous avez vu Voltaire. Je crains que son séjour ne soit trop long; Paris est trop jeune pour lui. La première curiosité une fois passée, on le laissera là. D'ailleurs, il doit avoir de la peine à sanctifier la maison qu'il habite. On dit que ses pièces ne seront pas reçues ou qu'elles tomberont; de manière ou d'autre, je prévois avec peine que son triomphe sera suivi de chagrins.»
Peu de temps après il écrivait encore: