Mme de Boufflers, on le voit par cette dernière remarque, tire quelque vanité de son orthographe; depuis deux ans, en effet, elle étudie avec M. Petitdemange cette science toute nouvelle pour elle, et elle est ravie des progrès accomplis en si peu de temps.

La marquise a trouvé installé au Val son ancien adorateur Saint-Lambert; elle en prévient Panpan, car les deux amis d'autrefois, pour une cause que nous ignorons, sont devenus ennemis jurés, mais le poète cependant ne demande qu'à se réconcilier:

«M. de Saint-Lambert m'a parlé du désir ardent de vous retrouver; que je n'avais qu'à lui prescrire la conduite qu'il devait tenir pour vous contenter; qu'il ferait tout pour regagner votre amitié. J'ai répondu à tout cela que je croyais que le mieux serait d'être ensemble très honnêtement, mais sans aucune explication; que je comptais en user de même avec Mme de... qui peut-être aurait oublié aussi qu'elle m'avait offensée; ce que j'ai dit, parce qu'il a tout à fait perdu le souvenir de ses torts.

«Adieu, aimable Veau; vous ne sauriez vous dispenser de venir, tout intérêt à part.

«Je ne vous parle pas de la maison, parce que vous la verrez, et qu'il ne faut pas empiéter sur la surprise avec vous.»

Mais Panpan n'est pas homme à céder à une première demande, et puis il se trouve si bien dans la capitale! il en apprécie si bien les plaisirs! il est si joyeux de retrouver tous ses anciens amis! et le premier de tous, le cher abbé Porquet, qui ne le quitte plus. Chaque soir il assiste avec lui à quelque spectacle, tantôt à la Comédie-Italienne, tantôt à l'Opéra, tantôt à la Comédie-Française, dont il raffole; sous la conduite du bon abbé, on ne voit plus que lui dans les coulisses! il est intime avec les comédiens; il visite les gens de lettres; il rend ses devoirs aux nobles dames de sa connaissance; on le voit sans cesse chez Mme de Mirepoix, chez Mme de Grammont, chez Mme de Choiseul, chez Mme de Brancas; partout il est accueilli comme un ami très cher. Il devient presque l'homme à la mode. Quelle différence avec la vie morne et solitaire de Lunéville! Panpan en oublie ses maux, son vieil ennemi la goutte, il a rajeuni de dix ans. Quand on lui parle de quitter Paris pour quelques jours, même pour quelques heures, il ne veut rien entendre; il se contente d'écrire à Mme de Boufflers qu'il se trouve fort bien à Paris et qu'il est parfaitement heureux avec M. de Bauffremont. La marquise lui répond:

«Saint-Germain,
jeudi 20 juillet 1780.

«Je ne donne pas ordinairement dans les flagorneries des veaux, mais je suis bien aise d'apprendre par elles que le mien est heureux. C'est une juste récompense de sa piété envers moi.

«S'il m'arrive, comme à tout le monde, de dire quelquefois un peu plus que je ne sens, il m'arrive encore plus souvent de dire moins, et c'est ce que j'ai fait pour vous en ne vous disant pas combien j'étais touchée de la proposition du voyage.

«En voici une autre de la part de M. et de Mme de Beauvau. C'est de venir ici dimanche au soir avec Mme de Grammont, d'y rester si vous voulez et tant que vous voudrez, ou bien de vous en aller après souper dans son carrosse qui s'en retournera.