«Fléville, le 23.
«Je jure, je proteste sur mon honneur que je ne me suis jamais moquée des lettres de mon Veau, que j'ai partagé tous ses triomphes, et que c'est sans aucun prétexte qu'on lui a fait une plaisanterie que j'ai désapprouvée et qui m'afflige maintenant, puisqu'il a pu douter pendant si longtemps du sensible plaisir que me font les marques de son souvenir...
«J'espère que Mme de Boufflers ne vous retiendra pas. Que feriez-vous l'hiver à Paris, presque aussi séparé d'elle que si vous étiez ici. Revenez, ma vache; c'est autant pour vous que pour moi que je vous en prie.
«Mme de Brancas et M. Cerutti vont achever ma lettre. Adieu, mon Veau!
«Notre Céleste est à Sommerviller; il y a six semaines que je ne l'ai vue; je lui manderai de vos nouvelles.
(De la main de Mme de Brancas.)
«Je vous suis trop attachée, Panpan, pour ne vous pas conseiller de ne pas passer l'hiver à Paris et de revenir ici le mois prochain. Je ne sais si je resterai ici cet hiver ou si j'irai à Paris. J'ai de bonnes raisons pour et contre, et votre décision influera beaucoup sur la mienne. Il est important et convenable que vous arriviez ici le mois prochain. Je ferai tuer le veau gras, qui ne sera pas vous, pour vous recevoir. J'irai vous chercher à Nancy au moment où vous y arriverez. Je vous amènerai ici d'où nous négocierons avec les compères de Lunéville, avec qui je me suis laissé dire que vous aviez beaucoup perdu. Votre Céleste vous fera sa cour le matin quand vous serez dans votre lit; votre Lenoncourt sera à vos ordres toute la journée et votre Cerutti mettra tout son esprit hors du coffre pour vous amuser. Quant à moi, je serai votre très humble servante et je perdrai mon argent contre vous au trictrac tant que vous voudrez; je laisse le papier à votre Cerutti.
(De la main de Cerutti.)
«Que dire après deux si grands écrivains qui, pourtant, ne savent pas l'orthographe. Je n'ai qu'à répéter d'après tout Fléville que vous êtes regretté, mon Panpan, que vous êtes désiré, que vous manquez à tous vos amis le jour et à toutes vos amies la nuit. O merveilleuses Tuileries, que de jalouses vous faites! Que de biens perdus! Tâchez, mon Panpan, de ne pas vous épuiser en pure perte. Conservez-vous pour les grandes duchesses, pour les belles marquises et pour les jolis garçons de toute la Lorraine. On m'a chargé de vous écrire des bêtises; j'obéis de mon mieux; mon amitié voudrait vous dire mille tendresses. Venez et vous entendrez et vous verrez combien on vous aime.
(De la main de Mme de Brancas.)