Pendant qu'il gagne Saint-Omer avec son régiment, il apprend avec regret que sa sœur a eu des ennuis, des soucis d'argent; elle ne lui en a rien dit et il la gronde doucement de ce manque de confiance.

«Ce 11 juillet.

«La première chose à faire, ma grande enfant, quand tu as du chagrin, c'est de me le dire, et la seconde, c'est de me dire de quoi, ce sont là presque les seules occasions où les frères soient bons à quelque chose; ils sont comme les médecins et les curés, qui attendent qu'on soit malade pour être recherchés. Mais je vois que le nuage est dissipé et qu'au lieu de t'offrir mes services, j'ai besoin des tiens.»

Ce que le chevalier demande par-dessus tout, c'est qu'on lui envoie des nouvelles; ils vivent dans une ignorance incroyable, rien ne parvient jusqu'à eux, il faut que Mme de Boisgelin le tienne au courant de tout ce qu'elle peut apprendre.

«Tu te défends d'être ma gazetière sous différents prétextes dont aucuns ne sont recevables. Nous avons besoin de nouvelles comme de pain, et tu ne me refuserais pas du pain sous prétexte que tu n'es point boulangère. Tu vois beaucoup de gens, et entre autres, un, bien instruit de tout, et même de tout ce qui se passe. Il faut questionner sans cesse, ramasser tout ce que tu trouves, et croire que tu es pour moi ce que la colombe était pour mon grand-papa Noé, qui s'en servait pour sonder le terrain et savoir ce qui se passait au dehors.

«Regarde-toi aussi comme mon ministre dans les Cours étrangères, le Luxembourg, l'Italie, la Bavière; voilà un vaste champ pour tes négociations, ne me laisse oublier de personne, sans quoi je croirais que tu m'oublies toi-même, et j'aurais le chagrin de ne pas te le rendre.

«Réponds-moi à Saint-Omer[ [159]

Mme de Sabran, à laquelle Boufflers reprochait sans cesse d'être trop réservée, de ne pas l'aimer avec assez de violence, cite à son ami l'exemple de la comtesse Auguste de Polignac, qui, elle, est calme et prudente, et elle lui conseille de prendre modèle sur elle. Le chevalier lui riposte spirituellement:

«Raismes, ce 16 juillet 1779.

«Si toutes les femmes vieillissaient comme celle-là, ce ne serait pour personne la peine d'être jeune. Voilà comme je voudrais que vous pussiez vieillir, après ma mort, après avoir vécu comme elle pendant ma vie, car pour conserver du sentiment sous vos cheveux blancs, il faudrait en avoir montré sous vos cheveux blonds.