Entre temps, Boufflers poursuit sa correspondance avec Mme de Boisgelin, mais au lieu des grâces ordinaires, il lui reproche tantôt son silence, tantôt la banalité de ses lettres. Que ne lui donne-t-elle des nouvelles, que ne lui raconte-t-elle les événements de la Cour et de la capitale, ce qui se passe, ce qui se dit, ce qu'on augure de l'avenir? Il lui écrit plaisamment:
«Que voulez-vous que je vous mande de ce pays-ci où l'on ne fait que de la bière, tandis que vous ne mandez rien du pays où l'on fait les événements. Si vous valiez quelque chose, vous vous transformeriez en Renommée pour tout savoir et pour me tout apprendre. Mais vous n'auriez pas même l'esprit de prier un secrétaire de M. de Beauvau, ou d'un de ses confrères, de m'envoyer, deux fois par semaine, tout ce qui se fait, se dit ou se médite d'intéressant.
«Adieu, mon cœur, je t'aimerai bien si tu m'écris et si tu parles honorablement de moi à Mme la maréchale.
«Si tu vois Mme d'Hautefort, embrasse-la de ma part bien serré.»
L'inutilité de ses fonctions militaires et l'oisiveté de sa vie ne sont pas le seul souci du chevalier; il a de cruels embarras d'argent, il les confie naturellement à sa sœur, et il lui demande même au besoin d'intervenir pour l'aider à sortir d'une situation tous les jours plus inextricable.
Boufflers, depuis qu'il a quitté le séminaire, a mené joyeusement la vie, dépensant sans compter, faisant des dettes, ainsi qu'il convient à un jeune seigneur de l'époque. Cette existence insouciante a duré sans encombre pendant quelques années, puis les difficultés sont arrivées, les créanciers se sont montrés moins accommodants; il a fallu emprunter pour apaiser les plus exigeants; bref, le pauvre chevalier en est arrivé à une situation des plus précaires.
La bonté de son cœur y a également contribué. N'a-t-il pas avancé 60,000 francs à son frère, le marquis? Il n'en a jamais reçu d'intérêt et, à sa mort, il n'a pas même retrouvé un sol du capital.
Il charge Mme de Boisgelin d'intercéder auprès de M. de Maurepas pour qu'il l'autorise à emprunter 40,000 livres sur ses bénéfices; de cette façon il pourra payer ses dettes et s'équiper convenablement.
Comme le ton lugubre de sa lettre ne lui est pas ordinaire, il craint d'inquiéter sa sœur, et il termine gaiement: