«Adieu, mille choses à tous les grands de la Cour, ducs et princes, comtes et marquis, et donnez de ma part une tête de lapin à votre chat.»

Mme de Boisgelin ne cherche pas seulement à améliorer la situation pécuniaire de son frère, elle s'occupe aussi et très activement de son avancement. Boufflers a quarante et un ans et il n'est encore que lieutenant-colonel! c'est, avec son nom, un pitoyable avancement. Comment sa mère, sa famille si influente, ses amis, n'ont-ils pas pu lui obtenir un meilleur sort!

C'est que Boufflers est fort mal en Cour; d'abord on ne l'y voit jamais, pour des raisons que nous savons déjà, mais son originalité, sa liberté d'écrire et de penser ne passent pas inaperçues.

Déjà en 1776, M. de Saint-Germain a mis le chevalier sur la liste des colonels, mais quand on l'a soumis au Roi, il a dit simplement: «Je n'aime ni les épigrammes ni les vers,» et il a rayé de ses propres mains le malheureux officier.

En 1779, Mme de Boisgelin et les membres influents de la famille crurent le moment opportun de frapper un grand coup; il fut décidé que l'on ferait agir toutes les influences dont on disposait.

Boufflers, très touché de ce zèle, remercie tendrement sa sœur, mais il ne se fait pas de grandes illusions sur le résultat, il écrit philosophiquement:

«Au camp.

«Je te remercie mille fois, chère enfant, de toute ton avidité pour moi; j'ai bien peur pour toi qu'elle ne soit point assouvie. J'ai, à la vérité, bien des brigadiers au-dessous de moi, mais j'ai bien des maréchaux de camp au-dessus, et ces messieurs ne répugnent point à ce qui convient à leurs inférieurs. C'est une espèce de modestie bien connue à la Cour et à l'armée. Tu prévois aisément que je n'aurai peut-être pas le dessus avec les brigadiers et que j'aurai peut-être le dessous avec les maréchaux de camp. Consolons-nous d'avance et remercions la nature de nous avoir donné de quoi pardonner à la fortune.

«Mme de Luxembourg va faire la demande avec un feu auprès duquel le mien ne serait que de la glace. Mme de Ségur et la comtesse Diane vont être prévenues. Voilà mes batteries bien dressées, mais j'en serai pour ma poudre.

«Adieu, ma fille, je t'embrasse et je t'aime de tout mon cœur.»