«En voilà plus qu'assez, ma bonne fille, il n'est pas dit qu'une lettre à ton adresse doive être de ta taille. Adieu, reçois bien mon petit officier, et regarde-toi en tout état de cause comme la tante du régiment de Chartres.»

Quelques jours après, nouvelle lettre. Le chevalier a profité de son séjour en Lorraine pour s'occuper de ses intérêts, visiter ses abbayes, rendre ses devoirs à ses chefs militaires; il fait part à sa sœur de toutes ses démarches et en même temps il se plaint amèrement d'un silence qui se prolonge et qui lui paraît incompréhensible.

«Metz, ce 11.

«Il n'est pas possible que tu n'aies pas reçu de mes nouvelles, ma chère enfant, et il n'est pas concevable que je n'aie pas des tiennes. Tu sais que cette sécurité, que tant de gens m'envient et que d'autres me reprochent, ne s'étend point jusqu'à ce qui te regarde et si tu m'as négligé, tu dois te représenter la peine que tu me fais. Je sais que tu es arrivée en bonne santé, mais cela ne me suffit pas; je suis devenu bien exigeant, il est vrai que je permets, que j'exige même qu'on le soit avec moi.

«Je suis venu hier à Metz pour voir le maréchal et le comte, et pour retarder la chute de mon église. Tous mes objets sont remplis, au comte près, que je ne verrai que ce matin. J'ai été fort content de la réception de mes supérieurs ecclésiastiques et militaires. Cela indiquerait au premier coup d'œil que je suis aussi bon soldat que bon prêtre. L'abbesse est toujours la même; elle prouve qu'on n'a pas besoin de force pour se soutenir et cela est bien rassurant pour ceux qui doivent aimer ma Boisgelin dans vingt ou trente ans, car il y en a, il s'en présentera, etc.

«Adieu, mon cœur, je retourne demain à la Malgrange me consoler ou m'affliger suivant les lettres que je trouverai.»

Boufflers n'écrit pas qu'à sa sœur; Mme de Sabran a bien droit aussi à quelques nouvelles, et comme elle a reproché à son ami de n'avoir pas suffisamment surveillé ses abbayes, il lui répond:

«Tu as bien raison, chère sœur, je n'ai point assez passé de temps à mon abbaye. Mais, comment aurais-tu fait à ma place, à moins de déclarer une brouillerie ouverte qui eût été contraire à mes intérêts?... Au reste, en 83, j'aurai 5,000 livres de rente de plus, ce qui, joint à beaucoup de dettes de moins, me mettra dans une grande opulence. Mais j'aurais 100,000 livres de rente que je haïrais toujours un état qui m'empêche d'être plus que ton amant.»

On voit que maintenant Boufflers n'hésite plus à tutoyer dans sa correspondance Mme de Sabran; mais cette familiarité paraît à la dame intempestive et elle répond malicieusement:

«A propos, ayez la bonté de ne plus me tutoyer dans vos lettres, cela les rend trop semblables à d'autres.»