«Ce 31 au matin.
«Je viens de faire un coup bien rare qui m'est arrivé autrefois à la chasse où, en manquant une caille, je tuai un lièvre. Cette fois-ci le remède destiné à mon rhume n'a guéri que ma colique. Mais c'est toujours beaucoup, d'autant plus que mon rhume lui-même est fort adouci.»
Mme de Sabran après avoir longtemps lutté et combattu, finit, devant la tâche impossible, par se résigner. Elle-même l'écrit à son ami en termes charmants et lui donne «la clef des champs» le plus aimablement du monde:
«Oui, mon enfant, je te pardonne tes maussaderies passées, présentes et futures. Je souffre trop quand il faut te bouder, et je trouve bien mieux mon compte à t'aimer et à te le dire. Quelque chose que tu fasses, il faut toujours en venir là; ainsi je prends une bonne fois la résolution de m'y tenir. Je te donne indulgence plénière pour toutes tes distractions, et je sens mieux que jamais que la meilleure manière de te conserver est de te donner la clef des champs. Il y a dans l'homme une inquiétude vague qui fait qu'il ne se trouve bien qu'où il n'est pas. Tu ne seras pas plus tôt loin de moi, que tu désireras y revenir, et je te promets d'avance que tu seras toujours bien reçu[ [177].»
En octobre 1784, Mme de Boufflers apprend que le prince Henry de Prusse, qu'elle connaissait depuis longtemps et dont elle appréciait le mérite, a manifesté l'intention de venir à Nancy pour lui rendre visite. Flattée d'une attention si particulière, la vieille marquise, qui sait ce que l'on doit aux grands de ce monde, n'hésite pas une seconde, elle fait atteler son carrosse et elle part pour Paris pour présenter ses devoirs au prince. Elle a avec lui plusieurs entrevues, puis elle regagne la Lorraine.
Le prince très galamment, et qui ne veut pas être en reste de politesse, vient en novembre passer quelques jours à Nancy et à Lunéville pour rendre à Mme de Boufflers sa visite.
En juin 1785, Mme de Boufflers écrit encore à son cher Panpan; c'est la dernière lettre d'elle que nous possédions.
«Nancy, 16 juin 1785.
«M. de Nédonchel vous aura dit que Mmes de Lenoncourt, Durival et moi nous irions lundi 20 vous demander à dîner, si cela vous convenait, mon cher Veau, car vous auriez eu le temps de nous contremander.
«Nous n'irons point à Spa, au moins pendant la première saison. C'est l'avis de M. du Tillot. Point de prince jusqu'au mois d'août et du Veau à lèche-doigts; plus de Fléville, ce qu'il faut encore compter; enfin une privation absolue de tout ce que j'aime. Et puis, qu'est-ce que la vie?