«Je pense que tout le monde et même Mme de Lenoncourt sera bien aise de voir votre rose.

«Voyez si l'on peut écrire avec ces plumes! voilà quatre fois que j'en change. Mais quand vous n'y êtes pas, tout me manque.

«Il faut que vous disiez à M. de la Tyssonière, qui m'a écrit, que je ne lui réponds pas, faute de plume, et parce que j'espère et me réjouis de le voir lundi.

«C'est assez labourer ce maudit papier gras. Je sens déjà un mélange de joie et de tristesse en pensant que je vous verrai et quitterai.»

Dans les derniers jours de l'année 1785, le chevalier de Boufflers, toujours tourmenté de mouvement et aussi désireux d'échapper à ses créanciers, qui ne lui laissaient ni trêve, ni répit, prit la résolution de quitter la France. Il s'imagina qu'au Sénégal, colonie nouvelle que venait de conquérir le duc de Lauzun[ [178], il trouverait un emploi glorieux pour son activité et peut-être aussi quelques profits. Il sollicita donc le gouvernement de la colonie et, par l'influence de son oncle de Beauvau, il l'obtint assez aisément. On crut dans le public à une disgrâce motivée par quelques vers indiscrets, mais il n'en était rien[ [179].

Avant de s'éloigner, le chevalier se rendit à Anizy et il y fit un assez long séjour avec Mme de Sabran, puis à la fin d'octobre il regagna Paris, et c'est de là qu'il écrivait à Mme de Boisgelin:

«Ce 3 novembre 1785.

«Je n'ai point été en Lorraine, chère et bonne sœur, parce que je me suis trouvé si souffrant de fluxion et de colique et de mal aux dents que je suis revenu d'Anizy. Je comptais aller t'embrasser aujourd'hui, mais je reçois un mot de mon oncle qui a arrangé un dîner pour demain, où il doit me faire faire connaissance avec un homme dont les lumières me seront très utiles.

«Si tu reviens demain, comme je l'espère, Mme de Sabran t'attend à dîner samedi, et moi je t'attends pour te serrer contre mon cœur dont tu ne sortiras jamais et moins que jamais, car tu es la meilleure et la plus aimable des enfants des hommes, et tu réunis surtout toutes les qualités fraternelles dans le degré le plus éminent.

«Je sais tout ce que tu essuies de désagréable pour moi; j'en souffre plus que toi. Il faut dissimuler et poursuivre et ne pas quitter la chasse parce qu'on a rencontré des ronces.