En revenant du Sénégal, le chevalier de Boufflers avait ramené avec lui un certain nombre de souvenirs vivants qu'il s'était empressé de distribuer dès son arrivée en France.

A la reine il avait offert une perruche; au maréchal de Castries, un cheval; à Mme de Sabran, des oiseaux merveilleux et un petit nègre; à Mme de Blot, également un petit nègre nommé Zimeo; à M. de Beauvau, une jeune négresse nommée Ourika[ [187], pour laquelle le vieux maréchal se prit d'une véritable affection et qu'il adopta pour ainsi dire.

Mme de Sabran avait été ravie de ses oiseaux, mais ses enfants avaient encore été bien plus enchantés du négrillon qu'ils appelèrent Vendredi; il devint leur jouet et ils ne pouvaient plus s'en passer.

«Il fait leur bonheur, écrit un jour la comtesse; il n'y a point de joie pareille à celle qu'il a éprouvée le jour qu'il s'est vu un bel habit sur le corps. Il est si emprunté dans ce nouveau vêtement qu'il fait mourir de rire; il ressemble à ces chats auxquels on met des papillotes à la queue; il tourne, il se regarde, il n'ose pas remuer de crainte de se salir; à peine peut-il marcher avec ses souliers; enfin il nous donne la comédie toute la journée...»

En revenant en France le chevalier avait l'intention très arrêté de n'y faire qu'un court séjour et de retourner dans son gouvernement aussitôt qu'il aurait obtenu ce qui lui manquait; il voulait achever l'œuvre qu'il avait commencée et à laquelle il s'était attaché.

Tous ses amis cependant le détournaient de perdre son temps à des projets stériles:

Ségur lui écrivait en riant:

«De grâce, ne retournez pas dans cette maudite colonie où vous n'apprendrez qu'à voir tous les hommes en noir et où l'amitié souffre de votre absence sans être consolée par votre gloire... Songez que les beaux jours de la vie sont trop courts pour en faire d'inutiles sacrifices...»

Ces projets de départ faisaient le désespoir de Mme de Sabran; elle écrivait délicieusement à son ami:

«18 août 1786.