«Je termine seulement à présent le discours que je dois lire demain; j'espère qu'il vaudra celui du grand comte d'Ourches, qui a dit entre les dents à Vézelize qu'il ne parlerait pas qu'on ne lui ouvrît la bouche, et personne n'en a paru tenté...

«Pourquoi pas de lettre de ma bonne sœur? Croit-elle qu'il faille imiter l'indifférence des Lorrains pour moi, comme si je pouvais imiter l'indifférence des Bretons pour elle.

«Adieu, ma fille, j'ai à faire, mais toute affaire cessant, je veux t'embrasser à mon aise et de toute mon âme et de tout mon cœur[ [190]

Malgré ses prévisions pessimistes, au mois d'octobre 1788 le chevalier est nommé bailli d'épée à Nancy et à ce titre admis à siéger aux États généraux ainsi que le comte de Ludre.

Il écrit à sa sœur pour lui annoncer cet heureux événement et en même temps son retour; il termine ainsi sa lettre:

«Adieu, ma toise, ma perche, mon obélisque, ma pyramide d'Égypte, je t'aime et je t'embrasse comme si je n'avais rien de mieux à faire.»

La même année, le chevalier de Boufflers avait été élu à l'Académie française en remplacement de M. de Montazet, archevêque de Lyon. La séance de réception eut lieu le 29 décembre 1788. Il y avait une affluence de monde énorme; le prince Henri de Prusse était au premier rang.

Après l'éloge de son prédécesseur, Boufflers fit une dissertation sur la clarté du style, puis une harangue sur les États généraux.

C'est Saint-Lambert qui était chargé de recevoir le nouvel élu. Il ne lui ménagea pas les compliments flatteurs:

«La finesse de l'esprit, l'enjouement, je ne sais quoi de hardi qui ne l'est point trop, des traits qui excitent la surprise et ne paraissent pas extraordinaires, le talent de saisir dans les circonstances et dans le moment ce qu'il y a de plus piquant et de plus agréable, voilà, monsieur, le caractère de vos pièces fugitives.»