CHAPITRE III
1788-1793

Pénible situation de M. de Boisgelin.—Ses démêlés avec Martin.—Cerutti prend parti pour les idées nouvelles.—Sa mort.—Le prince de Beauvau pendant la Révolution.—Sa correspondance avec sa nièce.—Mort du prince.—Douleur de Mme de Beauvau.

La correspondance de Mme de Boisgelin avec Panpan cesse complètement à partir de l'année 1788. A ce moment, les événements se précipitent, la situation devient chaque jour plus menaçante, la comtesse a vraiment d'autres soucis en tête que les pensions du vieux Panpan et ses éternelles lamentations.

Les Boisgelin, depuis plusieurs années, étaient très cruellement frappés, et ils voyaient la misère, la hideuse misère approcher à grands pas. En 1788 ils éprouvèrent une nouvelle et terrible catastrophe.

Louis XVI, mécontent du «zèle» avec lequel M. de Boisgelin avait défendu les intérêts de la Bretagne, lui ordonna par une lettre de sa propre main de lui envoyer sa démission de sa charge, et il lui fit défense de reparaître à la Cour. C'était la ruine, la ruine immédiate, absolue, irrémédiable.

Depuis vingt-huit ans que M. de Boisgelin occupait la charge de maître de la garde-robe, il devait toujours les 656,000 livres qu'elle lui avait coûtés et qu'il avait dû emprunter pour la payer[ [191]; de plus, pendant ces vingt-huit ans, il avait payé 510,450 livres d'intérêts à ses créanciers.

M. de Boisgelin réclama naturellement le remboursement de sa charge: ce n'était que justice, mais on avait alors de bien autres préoccupations et on ne l'écouta même pas.

Les États généraux s'ouvrirent. La Constituante déclara que la nation rembourserait loyalement toutes les charges de la maison du roi. C'était parfait, mais la Législative fut d'un avis différent et elle décida qu'il ne serait point fait de liquidation au-dessus de la somme de 10,000 livres. C'est, en effet, ce qui eut lieu. Ainsi, M. de Boisgelin reçut 10,000 livres pour une charge qui lui en avait coûté 656,000!

D'un autre côté, il avait perdu également ses autres charges, il avait été privé de ses droits féodaux, de tous ses revenus quelconques, de telle sorte qu'il se trouva réduit à la plus extrême détresse. Non seulement il fut dans l'impossibilité de payer un sol de ses énormes dettes, mais il ne put pas davantage payer les intérêts. Le peu qu'il avait sauvé du naufrage lui servait à ne pas mourir de faim.