La situation pécuniaire des Boisgelin était si douloureuse qu'ils avaient souvent avec leurs gens de pénibles démêlés.
M. de Boisgelin avait eu à son service, en 1785, pendant les États de Bretagne, un certain Martin, puis il n'en avait plus entendu parler. En 1789, Martin s'avisa tout à coup de réclamer une somme de 199 livres qui soi-disant lui était due pour une prétendue part dans le profit des cartes pendant les États, profits qui se partageaient entre les valets de chambre.
M. de Boisgelin refusa de payer cette somme qu'il estimait ne pas devoir.[ [192]
A partir de ce moment, Martin, grisé par l'esprit révolutionnaire, ne laisse plus un moment de repos au malheureux gentilhomme. Chaque jour, dans un style inénarrable, il lui adresse des reproches violents et des menaces. Voici un spécimen des élucubrations épistolaires du sieur Martin:
«J'écris à un aristocrate qui a l'âme vendue à l'iniquité... Je ne sais même pas si la terre voudra ouvrir son sein pour vous y recevoir... Je rougirais de vous faire grâce de la somme de 199 francs que vous voulez m'escroquer, comme vous avez fait à tant d'autres infortunés comme moi. Autrefois, vous nous payiez en menaces comme «pendre et faire mettre à Bicêtre.» Ils sont passés, ces jours de fête!
«Hélas! je vous plains de tout mon cœur de vous voir des sentiments aussi impudiques. J'aurai toujours pour refrain:
Les mortels sont égaux! Ce n'est pas la naissance,
Mais la seule vertu qui fait la différence.»
Pour que personne n'en ignore, le refrain était inscrit en gros caractères sur toutes les enveloppes envoyées par le sieur Martin.
Telles sont les moindres aménités que M. de Boisgelin recevait à chaque courrier[ [193].