A partir de ce moment, le prince de Beauvau entretient avec sa nièce une correspondance très fréquente et des plus affectueuses; il la charge d'être son gazetier, de lui envoyer toutes les nouvelles qu'elle pourra recueillir, mais avec prudence naturellement. Il veut des détails sur ce qui la concerne, il veut tout savoir et il lui écrit tendrement: «J'ai le droit, ma chère nièce, de partager vos plaisirs, vos peines, vos inquiétudes, vos sentiments, vos pensées, etc.»

Mme de Beauvau n'a pas avec la jeune Mme de Craon des rapports moins affectueux. Il y a entre elles un échange incessant de petits billets charmants, pleins de délicatesse et d'affection. Mais il n'est fait que bien rarement allusion aux terribles événements du jour; à peine de temps à autre un mot échappé par-ci par-là.

Le 6 juillet 1792, la princesse dit à sa nièce tout le chagrin qu'elle éprouve à ne la point connaître encore et elle ajoute: «Je n'ose encore penser au moment qui nous rapprochera. Beaucoup de gens fuient Paris. M. de Beauvau regarde comme un devoir pour lui d'y rester tant que le Roi y sera. Nous touchons à une terrible crise...»

Le 7 septembre, le prince fait une brève allusion aux horribles massacres qui ont ensanglanté Paris:

«7 septembre 1792.

«J'ai reçu, ma chère nièce, avec tout le plaisir dont on est susceptible en ce temps-ci, votre lettre du 30 août. Nous sommes entourés d'horreurs et dévorés d'inquiétude. Malgré cela, jusqu'à présent, la santé de Mme de Beauvau et la mienne se soutiennent... Nous vous embrassons, ma chère nièce, très tendrement.»

En octobre Nathalie de Craon annonce à sa tante ses prochaines espérances et en même temps elle lui envoie un petit ouvrage fait de ses propres mains: Mme de Beauvau lui répond gracieusement:

«29 octobre 1792.

«Votre joli présent, ma chère nièce, et votre charmante attention, ont été reçus avec toute la reconnaissance qu'ils méritent, et ils ajoutent pourtant encore aux regrets que nous avons d'être séparés d'une aussi bonne ouvrière et d'une aussi aimable nièce... Nous attendons de vous un présent encore plus cher et nous souffrons beaucoup de ne pouvoir vous rendre les plus tendres soins...»