J'attendais une pension,

C'est la goutte qui m'est venue.

La révolution bouleversa la vie de l'abbé. Non seulement elle le priva des sociétés qu'il aimait à fréquenter, mais elle lui enleva peu à peu ses dernières ressources. Puis il se crut menacé dans sa liberté et dans sa vie; la crainte d'une arrestation possible empoisonnait son existence; il vivait dans des transes continuelles, s'attendant toujours aux pires catastrophes.

Porquet ayant fini par être complètement ruiné, le gouvernement crut de toute justice de lui accorder une compensation. Un décret du 4 septembre 1795 lui attribua un secours de 1,500 francs comme homme de lettres. Mais il fut payé en assignats!

Cependant le pauvre abbé, malgré des prodiges d'économie, avait fini par épuiser toutes ses ressources. La veille de sa mort il alla voir un de ses intimes et il lui dit:

Quand on a tout perdu, quand on n'a plus d'espoir,
La vie est un opprobre et la mort un devoir.

Son ami offrit de lui venir en aide, mais Porquet était fier, il refusa. Il rentra paisiblement chez lui, et le lendemain on le trouva mort dans son lit. Nul doute qu'il n'eût volontairement mis fin à ses jours[ [204].

La liaison de Saint-Lambert et de Mme d'Houdetot, commencée en 1756, avait persisté en dépit du temps et des orages; le monde, fort indulgent pour ces attachements extraconjugaux dont la durée prouvait la sincérité, avait accepté avec sérénité ce faux ménage qui ne se cachait pas et on l'accueillait partout et toujours avec joie.

Mais en 1793, M. d'Houdetot eut la douleur de perdre l'amie avec laquelle il vivait depuis quarante-cinq ans, dans la plus douce union. Effrayé de la solitude, il se rappela fort à propos qu'il était marié, qu'il avait une femme légitime, et que c'était le moment ou jamais de se rapprocher d'elle. Il arriva donc tout uniment avec son bagage à l'hôtel qu'habitaient Mme d'Houdetot et Saint-Lambert, et il reprit sa place au foyer conjugal le plus simplement du monde; mais comme c'était un homme qui savait vivre et qui n'attachait pas aux préjugés de ce monde plus d'importance qu'il ne convient, il se garda de montrer le moindre ennui de la présence du poète. C'est ainsi que l'arrivée du mari transforma le faux ménage en un ménage à trois des plus corrects.

Mme d'Houdetot, de son côté, ne montra pas moins d'esprit et elle accueillit à merveille l'époux repentant. Seul Saint-Lambert laissa percer beaucoup de mauvaise humeur, et il fallut tout le tact de Mme d'Houdetot pour lui faire accepter ce mari qui, du premier, le faisait passer au second plan.