Mme de Lenoncourt ne tarde pas à se fatiguer de cette vie errante. Remiremont, la Neuveville, Haroué étaient des ressources momentanées, mais qui ne pouvaient être durables. «Il faut être chez soi, écrit-elle, commander son dîner, son souper, voir qui l'on veut; le contraire, à la longue, est très insupportable.» Et elle se décide enfin à chercher une demeure à Nancy, au risque de ce qui pourra arriver.
Justement, à cette époque, Mme Alliot venait de se résoudre à quitter la Lorraine; elle fut trop heureuse de louer à Mme de Lenoncourt la maison qu'elle occupait place de l'Alliance.
Panpan ayant demandé s'il y serait bien accueilli, la marquise lui offre une hospitalité vraiment écossaise. «Oui, sans doute, mon cher Veau, vous y aurez un appartement, et s'il n'y avait qu'un lit, je le partagerais avec vous.»
A peine est-elle installée qu'elle réclame son ami à grands cris: «Venez, mon Veau, venez admirer ma charmante maison; jamais je n'ai été meublée et logée comme je le suis; je serai ravie de vous montrer tout cela. J'en suis si occupée et si contente que je ne pense pas au voisinage.»
Si Mme de Boufflers n'avait pas mis à exécution son projet de voyage à Lunéville, il n'en est pas moins certain qu'elle y avait songé. Elle commençait à parler sérieusement de retourner vivre en Lorraine. Il est vrai que la plupart du temps c'étaient propos en l'air et bien vite oubliés.
Sa vie devenait de jour en jour plus difficile; le jeu avait vite eu raison de sa petite fortune et bien qu'elle s'efforçât de vivre avec la plus stricte économie, elle n'arrivait plus «à joindre les deux bouts». Il faut dire à sa louange qu'elle s'accommodait des privations avec la plus surprenante facilité et qu'elle montrait dans sa misère relative une philosophie tout à fait méritoire.
Depuis longtemps son frère de Beauvau, ses meilleurs amis, Mme de Lenoncourt et Panpan, la suppliaient de renoncer à l'existence de Paris qui causait sa perte et de retourner vivre en Lorraine. Hélas! la pauvre marquise promettait toujours et au dernier moment elle trouvait quelque prétexte pour ne pas quitter la capitale.
Le départ de Mme de Lenoncourt lui fit cependant une certaine impression; elle comprit qu'elle serait un jour ou l'autre réduite elle-même à une semblable nécessité et elle commença à parler plus sérieusement de son retour en Lorraine. Mais où fixerait-elle ses pénates? Habiterait-elle Nancy, où depuis longtemps déjà elle possédait une demeure? Résiderait-elle à la Malgrange, qu'elle devait à la libéralité de Stanislas? Son goût l'entraînait plutôt vers Lunéville, mais depuis qu'elle avait dû quitter les appartements du château, elle n'y avait plus d'abri; elle songea un instant à louer un assez grand appartement qu'elle connaissait et qui, à ses yeux, avait le très grand avantage d'être situé tout proche de la demeure de Panpan.
Mais sa famille, au courant de son intention, souleva mille objections.
Elle eut alors l'idée de proposer à Panpan de lui louer une partie de la maison qu'il occupait; de cette façon ils vivraient ensemble, sous le même toit, dans une charmante intimité.