Au mois de septembre 1770, Mme de Boufflers a complètement oublié ses projets de départ, elle est toujours à Paris.
L'abbé Terray a remplacé M. d'Invaut au contrôle général depuis le mois de décembre 1769, mais ses procédés financiers ont soulevé de grandes clameurs, et il y a une fermentation générale. Le crédit est absolument perdu et pour le relever l'abbé ne voit d'autre moyen que de faire une banqueroute totale. On est accablé de remontrances, de représentations, de réquisitoires, d'arrêts, de lettres patentes, etc. Mme de Boufflers envisage avec calme tout ce bouleversement; si ses pensions sont payées, elle se tient pour satisfaite.
La marquise narre à son Veau les incidents de la capitale:
«Paris, 28 septembre 1770.
«Bonjour, mon Veau. Voilà la première fois de la vie que vous ayez été un peu content de moi! aussi vous verrez comme la louange me donne de l'émulation.
«Hier matin, M. le Dauphin se trouva mal, il eut de la fièvre, mal aux reins et à la tête. On vient de dire qu'il était mieux en ce moment.[ [66]
«Savez-vous que le contrôleur général a envoyé chercher l'abbé Morellet et lui a défendu de faire paraître son Dictionnaire. L'abbé lui a dit que comme il l'avait fait par ordre de M. d'Invaut, qui lui avait dit qu'il se chargeait des frais, il espérait au moins que M. l'abbé Terray voudrait bien s'en charger aussi. Le contrôleur général lui a répondu: «Que ceux qui vous ont fait travailler vous payent; ce n'est pas mon affaire.» Il y a pour 2,000 livres de frais[ [67].
«Savez-vous que le chancelier a fait venir M. Thomas pour le menacer de la Bastille, au cas que son discours courût, et qu'en même temps il le lui a gardé huit jours, si bien qu'il est possible qu'on en ait pris copie chez lui[ [68].
«L'archevêque de Toulouse a dit que, puisque le discours de M. Thomas n'était pas imprimé, le sien ne le serait pas non plus. On dit aussi que l'Académie a dit à M. Séguier que, sans le respect de son nom, on l'aurait rayé de l'Académie, à cause de son réquisitoire.