«M. de Choiseul est à Chanteloup jusqu'à Fontainebleau, avec beaucoup de monde. Il y aura beaucoup de fêtes et de plaisirs. On ne parle de rien. Je vis hier une maison énorme qu'il fait bâtir à l'arsenal pour lui; elle n'a que vingt-six croisées de face.

«Je passai hier la journée à Port-à-l'Anglais, dans une maison que la maréchale de Mirepoix a louée à vie, qui est charmante. En vérité, cela dégoûte de tout. C'est sur les bords de la rivière Marne-Seine; la vue et les jardins sont charmants.

«Adieu donc, Cœur, je m'adonne aux nouvelles.»

CHAPITRE VIII
1770-1771

Départ du chevalier de Boufflers pour la Hongrie.—Son séjour au camp des Confédérés.—Ses déceptions.—Son retour à Vienne.

Nous avons vu que le chevalier de Boufflers consacrait la meilleure partie de son temps à rimer en l'honneur des dames et à courir les grandes routes. Mais il ne se bornait pas à ces deux occupations, en somme inoffensives; pour son malheur il était, comme sa mère, possédé de la passion du jeu, et la fortune ne lui était guère favorable. Un soir, au Palais-Royal, il perdit plus de mille louis dont il n'avait pas le premier sol. Il ne put payer naturellement, ce qui causa «de grandes criailleries». Paris était sa perdition, tout le monde le lui disait et il le sentait très bien lui-même, si bien qu'il recherchait toutes les occasions de fuir la capitale.

En 1770, ayant appris que le Roi projetait d'envoyer un ambassadeur extraordinaire auprès de l'infante de Parme, à l'occasion de ses couches, il s'imagina que nul n'était plus apte que lui à remplir cette mission de confiance et il écrivit à Choiseul pour lui demander la préférence. Il rappelait plaisamment les missions dont Stanislas l'avait autrefois chargé et qu'il avait, assurait-il, remplies à son entière satisfaction.

«Monsieur le duc,

«On dit que l'infante de Parme va bientôt accoucher, et vous êtes trop poli pour ne pas lui faire un petit compliment. Je m'empresse de m'offrir, parce que j'ai pensé que vous dépêcheriez peut-être un courrier extraordinaire, et, assurément, vous ne pouvez pas en trouver un plus extraordinaire que moi. Je ne suis pas neuf en politique; j'ai fait mes premières armes avec la princesse Christine; de là, j'ai été à Francfort boire à la santé du Roi des Romains, et, quelque temps après, je suis venu à la mort de M. le Dauphin, faire compliment sur sa guérison. Je me sens tout l'acquit et tous les talents nécessaires pour haranguer dans cette occasion-ci le père, la mère, et même l'enfant sans qu'il y trouve un mot à redire; mais ce qui me plaira le plus, ce sera de parcourir ensuite toute l'Italie avec les profits de mon ambassade, et de voyager sur le velours.