Dumouriez s'est très mal conduit avec lui, mais il a été sévèrement puni des tours qu'il lui a joués, et il est déjà revenu de Pologne «après une défaite complète, avec l'oreille bien basse et bien heureuse de n'être pas coupée.»

Malgré ses ennuis et des tracas sans nom, malgré des fatigues et une chaleur extrême, le chevalier se porte bien:

«Le printemps ici est de toute beauté et de toute chaleur; nous avons passé subitement des frimas à la canicule, aussi y a-t-il bien des gens malades dans la traversée. Pour moi, j'ai le corps aussi cosmopolite que l'esprit et tout me convient comme à père Cyprien... il y a une sécheresse terrible à laquelle des milliers de processions ne font rien.»

Il termine gaiement sa lettre: «Je me prosterne aux pieds de ma très chère tante et de ma très bonne cousine; elle est bénie entre toutes les femmes et le fruit de son ventre est bénit... Voilà ce qui s'appelle parler comme un ange.

«Baccio le mani del mio carissimo nono.»

Le chevalier se plaît du reste beaucoup à Vienne où tout le monde le traite singulièrement bien. L'empereur lui-même, qui avait commencé très froidement avec lui, lui parle maintenant «avec la plus grande bonté».

Cependant, M. Durand, qui a des remords d'avoir si mal agi avec le chevalier, lui offre de remplacer Dumouriez auprès des Confédérés; Boufflers, écœuré des déboires qu'il vient récemment d'éprouver, refuse d'abord, puis à la réflexion il se ravise, mais il est trop tard, la place n'est plus libre. Il écrit, découragé, à son oncle, en lui racontant cette nouvelle déception:

«13 août 1771.

«Vous voyez, mon prince, que je suis fait pour être toujours dupe, tantôt des autres, tantôt de moi-même. Je ne vaux rien pour les affaires, surtout pour les miennes. Ce n'est, à ce que j'espère, ni le courage de corps, ni le courage d'esprit qui me manque absolument, mais le courage de conscience, et celui-là je ne l'acquerrai jamais.»

Il ajoute tristement cette prédiction qui devait se réaliser beaucoup plus exactement qu'il ne le supposait lui-même: